— Qu'ils rendirent à leur patrie un service dont notre histoire doit faire une mention honorable.
— Je pense de même, et je pense aussi qu'on rendrait en ce moment service à l'État et à l'humanité si l'on pouvait empêcher quelques malheureux chefs montagnards de se vouer à la destruction, eux et leurs gens, uniquement parce qu'ils n'ont pas le moyen de rembourser un argent qu'ils devaient regarder comme leur appartenant bien légitimement, si l'on pouvait sauver le crédit de votre père, et par-dessus le marché la somme qui m'est due par la maison Osbaldistone et Tresham. Bien certainement, celui qui ferait tout cela mériterait du roi honneur et récompense, fût-il le dernier de ses sujets.
— Je ne puis dire jusqu'à quel point il aurait droit à la reconnaissance publique, M. Jarvie, mais la nôtre se mesurerait sur l'étendue de l'obligation que nous lui aurions.
— Et nous tâcherions d'en établir la balance, dit M. Owen, aussitôt que M. Osbaldistone serait de retour de Hollande.
— Je n'en doute point, je n'en doute point. C'est un homme solide, et avec mes conseils il pourrait faire de belles affaires en Écosse. Eh bien, messieurs, si l'on pouvait retirer ces billets des mains des Philistins! c'est de bon papier; il était bon quand il se trouvait en bonnes mains, c'est-à-dire dans les vôtres, M. Owen. Je vous nommerais trois personnes dans Glascow (quoi que vous puissiez penser de nous, M. Owen), Sandie Steenson, John Pirie, et un troisième que je ne veux pas nommer en ce moment, qui se chargeraient des recouvrements, et vous avanceraient à l'instant telle somme qui vous est nécessaire pour soutenir le crédit de votre maison, sans vous demander d'autre sûreté.
Les yeux d'Owen s'animèrent à cette lueur d'espoir de sortir d'embarras; mais il reprit bientôt son air soucieux en réfléchissant au peu de probabilité que nous avions de rentrer en possession de ces effets.
— Ne désespérez point, monsieur, ne désespérez point! dit le banquier écossais; j'ai déjà pris assez d'intérêt à vos affaires. J'y suis jusqu'à la cheville, je m'y mettrai jusqu'aux genoux s'il le faut. Je suis comme mon père le diacre, que son âme soit en paix! quand j'entreprends quelque chose pour un ami, je finis toujours par en faire ma propre affaire. Ainsi donc, demain matin, je mets mes bottes, je monte sur mon bidet, et avec M. Frank que voilà, je parcours les bruyères de Drymen. Si je ne fais pas entendre raison à Rob, et même à sa femme, je ne sais qui pourra en venir à bout. Je leur ai rendu service plus d'une fois, sans parler de la nuit dernière, où je n'avais qu'à prononcer son nom pour l'envoyer au gibet. J'entendrai dire peut-être quelques mots de cette affaire dans le conseil commun, de la part du bailli Grahame, de Macvittie et de quelques autres. Ils m'ont déjà montré les dents plus d'une fois, et m'ont jeté au nez ma parenté avec Rob. Je leur ai dit que je n'excusais les fautes de personne, mais que mettant à part ce que Rob avait fait contre les lois du pays, quelques vols de troupeaux, la levée des _black-mails _et le malheur qu'il a eu de tuer quelques personnes dans des querelles, c'était un plus honnête homme que ceux que leurs jambes soutenaient. Et pourquoi m'inquièterais-je de leurs bavardages? Si Rob est un _outlaw, _qu'on aille le lui dire. Il n'y a pas de loi qui défende de voir les proscrits, comme du temps des derniers Stuarts. J'ai dans ma bouche une langue écossaise; et s'ils me parlent, je saurai leur répondre.
Ce fut avec un vif plaisir que je vis le bon magistrat franchir à la fin les barrières de la prudence, grâce à l'influence de son esprit public, jointe à l'intérêt que son bon coeur lui faisait prendre à nos affaires, au désir qu'il avait de n'éprouver ni perte ni retard dans ses rentrées, et à un mouvement de vanité bien pardonnable. Ces motifs opérant en même temps lui firent prendre la courageuse résolution de se mettre lui-même en campagne et de m'aider à recouvrer les papiers de mon père. Tout ce qu'il m'avait dit me fit penser que s'ils étaient à la disposition de cet aventurier montagnard, il serait possible de le déterminer à rendre des effets dont il ne pouvait tirer aucun avantage pour lui-même, et je sentais que la présence de son parent pourrait être utile pour l'y décider. Je consentis donc sans hésiter à la proposition que me fit M. Jarvie de partir le lendemain, et je lui exprimai ma reconnaissance.
Autant il avait mis de lenteur et de circonspection à se décider, autant il mit de promptitude et de vivacité à exécuter sa résolution. Il fit venir Mattie, lui recommanda d'exposer à l'air sa redingote, de faire graisser ses bottes, et de veiller à ce que son cheval eût mangé l'avoine et fût harnaché le lendemain matin à cinq heures, moment qu'il fixa pour notre départ. Il fut réglé qu'Owen attendrait notre retour à Glascow, sa présence ne pouvant nous être d'aucune utilité dans notre expédition. Je pris congé de cet ami zélé, dont je devais la rencontre au hasard. J'installai Owen à mon auberge, dans un appartement voisin du mien, et, ayant donné ordre à André de tenir les chevaux prêts le lendemain, à l'heure indiquée, je me couchai avec plus d'espérance que je n'en avais eu depuis plusieurs jours.
Chapitre XXVII.