L'officier et les Highlanders tinrent alors une espèce de conseil privé, mais ils parlèrent si bas qu'il me fut impossible de rien entendre de ce qu'ils disaient. Quelques instants après ils sortirent tous, ayant l'attention de nous laisser à la porte une garde d'honneur.

— Ces montagnards, me dit le bailli quand ils furent partis, sont des clans de l'ouest. Si ce qu'on en dit est vrai, ils ne valent pas mieux que leurs voisins; s'ils viennent se battre contre Rob, c'est pour satisfaire quelque ancienne animosité, et c'est pour la même raison que Galbraith vient ici avec les Grahame et les Buchanan du comté de Lennox. Je ne les blâme pas trop. Personne n'aime à perdre ses vaches. Et puis voilà une troupe de soldats, pauvres diables! qui sont obligés de tourner à droite ou à gauche, comme on le leur commande, sans savoir pourquoi. Le pauvre Rob aura joliment du fil à retordre au point du jour. Il ne convient pas à un magistrat de rien désirer contre le cours de la justice, mais il me serait bien difficile d'être fâché d'apprendre qu'il leur ait donné à tous sur les oreilles.

Chapitre XXX.

Écoute, général, et regarde-moi bien;
Je ne suis qu'une femme, et tu penses peut-être
Pouvoir m'intimider. Apprends à me connaître:
Vois si, dans mon malheur, je tremble devant toi,
Si je laisse échapper quelque marque d'effroi.
Crains plutôt la fureur qui déchire mon âme.

BONDUCA.

Nous nous arrangeâmes pour passer la nuit aussi bien que le permettait la misérable chambre où nous nous trouvions. Le bailli, fatigué de son voyage et des scènes qui venaient de se passer, et moins intéressé au résultat de notre détention qui ne pouvait avoir pour lui d'autre inconvénient qu'une très courte retraite, d'ailleurs moins difficile sur la bonté ou la propreté de son lit, se jeta sur une des crèches qu'on voyait le long des murs et m'annonça bientôt par un ronflement sonore qu'il dormait profondément. Pour moi, je restai assis près de la table, et, appuyant la tête sur mes bras, je ne goûtai qu'un sommeil interrompu. Je compris, aux discours du sergent et du piquet en station à la porte, qu'il y avait du doute et de l'hésitation dans les mouvements des troupes. On faisait partir des détachements pour obtenir des informations, et ils revenaient sans avoir pu s'en procurer. Le capitaine paraissait inquiet, il faisait partir de nouvelles escouades, et quelques-unes ne revenaient pas au clachan ou village.

Dès les premiers rayons du jour, un caporal et deux soldats entrèrent d'un air de triomphe, traînant après eux un montagnard qu'ils avaient arrêté et qu'ils amenaient au capitaine. Je le reconnus sur-le-champ pour Dougal, notre ci-devant porte-clefs. M. Jarvie, que le bruit qu'ils firent en entrant éveilla, se frotta les yeux, le reconnut aussi et s'écria:

— Que Dieu me pardonne, c'est ce pauvre Dougal qu'ils ont arrêté! Capitaine, je vous donne mon cautionnement, un cautionnement suffisant pour Dougal.

Cette offre généreuse était certainement dictée par la reconnaissance que conservait le bon magistrat du zèle avec lequel Dougal avait embrassé sa querelle dans le combat qu'il avait soutenu contre Inverashalloch. Mais le capitaine ne lui répondit qu'en le priant de ne se mêler que des affaires qui le regardaient et de songer qu'il était lui-même prisonnier en ce moment.

— M. Osbaldistone, s'écria le bailli qui connaissait mieux les formes des lois civiles que celles de la jurisprudence militaire, je vous prends à témoin qu'il a refusé un cautionnement suffisant. Il est indubitable que Dougal aura contre lui une action en dommages et intérêts pour détention arbitraire, et bien certainement j'aurai soin que justice lui soit rendue.