Ce récit ne fut pas long, et je finis en lui disant que les papiers de mon père m'avaient été remis; mais je ne me sentis pas la force de prononcer une seconde fois le nom de Diana Vernon.

— J'étais sûr que vous les auriez. La lettre dont vous étiez chargé pour moi contenait les ordres de Son Excellence à ce sujet, et bien certainement mon intention était de contribuer à vous les faire rendre. C'est pour cela que je vous avais engagé à venir dans nos montagnes. Mais il est probable que Son Excellence les a obtenus de Rashleigh dans l'intervalle.

La première partie de cette réponse fut ce qui me frappa le plus.

— La lettre que je vous ai apportée était donc écrite par la personne que vous appelez Son Excellence… Quel est son nom?… Quel est son rang?

— Si vous ne connaissez pas déjà tous ces détails, vous n'avez pas grand besoin de les connaître; ainsi je ne vous en dirai rien. Mais il est très vrai que la lettre était écrite de sa propre main; car sans cela, ayant déjà sur les bras assez d'affaires pour mon propre compte, comme vous le voyez, je ne puis dire que je me serais tant occupé des vôtres.

Je me rappelai en ce moment les lumières que j'avais vues dans la bibliothèque, le gant que j'y avais trouvé, le mouvement que j'avais remarqué dans la tapisserie qui couvrait le passage secret conduisant à l'appartement de Rashleigh, enfin toutes les circonstances qui avaient fait naître ma jalousie. Je me souvins surtout que Diana s'était retirée pour écrire, comme je le pensais alors, le billet auquel je devais avoir recours à la dernière nécessité. Ses instants n'étaient donc pas consacrés à la solitude, mais à écouter les protestations d'amour de quelque agent de révolte. On avait vu des jeunes filles se vendre au poids de l'or, sacrifier à la vanité leurs premières inclinations; mais Diana avait pu consentir à partager le sort de quelque misérable aventurier, à errer avec lui dans les ténèbres au milieu des repaires du brigandage, sans autre espoir de rang et de fortune que l'ombre que pouvait en offrir la prétendue cour des Stuarts à Saint-Germain.

Je la verrai, pensai-je, je la verrai encore une fois, s'il est possible. Je lui parlerai du risque qu'elle court, en ami, en parent. Je faciliterai sa retraite en France, où elle pourra plus convenablement, plus en sûreté, attendre le résultat du mouvement que cherche certainement à exciter l'intrigant politique à qui elle a uni sa destinée.

— Je conclus de tout cela, dis-je à Mac-Gregor après un silence gardé de part et d'autre pendant environ cinq minutes, que Son Excellence, puisque je ne le connais que par cette dénomination, résidait en même temps que moi à Osbaldistone-Hall.

— Sans doute, sans doute… Dans l'appartement de la jeune dame, comme cela devait être! — Cette information gratuite ne faisait que jeter de l'huile sur le feu qui me consumait. — Mais, ajouta Mac-Gregor, peu de personnes, excepté sir Hildebrand et Rashleigh, étaient instruites de ce secret; car il n'était pas besoin de vous mettre dans la confidence, et les autres jeunes gens n'ont pas assez d'esprit pour empêcher le chat de manger la crème… Au surplus, c'est une belle et bonne maison, bâtie à l'ancienne mode. Ce que j'en admire le plus, c'est une multitude de cachettes, d'escaliers et de passages secrets qui s'y trouvent. On pourrait y cacher vingt ou trente hommes dans un coin, mettre une autre famille dans le château, et je la défierais de les trouver, ce qui peut être utile en certaines occasions. Je voudrais que nous eussions un pareil château dans nos montagnes, mais il faut nous contenter de nos bois et de nos cavernes.

— Je suppose que Son Excellence n'était pas étrangère au premier accident qui arriva… Je ne pus m'empêcher d'hésiter un moment.