— Eh bien! cousin, vous connaissez notre maxime: recevez bien l'hôte qui vous arrive, ouvrez la porte à celui qui veut partir. Mais vous ne pouvez vous en aller par Drymen. Je vous ferai conduire par le lac jusqu'au bac de O'Balloch, et j'aurai soin que vous y trouviez vos chevaux, et c'est une maxime du sage, qu'il ne faut jamais retourner par la même route quand il y en a une autre de libre.

— Oui, oui! c'était une de vos maximes. Quand vous emmeniez des bestiaux, vous aviez pour principe de ne jamais retourner par la même route que vous aviez suivie en venant, et Dieu sait pourquoi. Vous n'aviez pas grande envie de revoir les fermiers dont votre bétail avait mangé les foins chemin faisant. Et j'ai bien peur qu'à présent, Rob, votre route ne soit encore plus mal marquée.

— Raison de plus pour n'y pas repasser trop souvent. Ainsi donc vous trouverez vos chevaux à O'Balloch. Ils seront conduits par Dougal, qui entre pour cela au service du bailli, et qui n'est plus un montagnard, un homme du pays de Rob-Roy. C'est un habitant paisible du comté de Stirling. Et tenez, le voici.

— Jamais je n'aurais reconnu la créature, s'écria M. Jarvie. Et de fait il aurait été difficile de reconnaître le sauvage Highlander en le voyant couvert du chapeau, des bas et de la redingote qui naguère avaient appartenu à André Fairservice. Il était monté sur le cheval du bailli, et conduisait le mien par la bride. Il reçut de son maître ses dernières instructions pour éviter quelques endroits où il aurait pu être suspect, pour prendre diverses informations dans le cours de son voyage, et enfin pour nous attendre au lieu indiqué, près du bac de Balloch.

Mac-Gregor voulut nous accompagner, et comme nous devions faire quelques milles avant de déjeuner, il nous recommanda un verre d'eau-de-vie comme un excellent préparatif de voyage, et sur ce point M. Jarvie se trouva parfaitement d'accord avec lui.

— Mon père le diacre, dit-il, m'a toujours dit que c'était une mauvaise habitude, une habitude pernicieuse, de boire dès le matin des liqueurs spiritueuses, si ce n'est quand on a un voyage à faire, afin de fortifier l'estomac, qui est une partie délicate, et de le garantir contre l'effet du brouillard; et en pareils cas je l'ai vu toujours joindre l'exemple au précepte.

— Il avait raison, cousin, dit Rob-Roy; et c'est pour cela que nous autres qui sommes les Enfants du Brouillard[136], nous avons le droit d'en boire tout le long de la journée.

Le bailli, ayant pris cette précaution salutaire, monta sur un poney montagnard qu'on lui avait amené. On m'en offrit un pareillement, mais je préférai marcher à pied avec notre escorte; elle se composait de Mac-Gregor et de six jeunes montagnards d'une taille athlétique, dispos, vigoureux et bien armés, qui étaient en quelque sorte ses gardes du corps ordinaires.

Lorsque nous approchâmes du défilé dans lequel le combat avait eu lieu, et qui avait été témoin d'une action plus horrible encore, Mac-Gregor se hâta de prendre la parole, comme pour répondre, non à ce que je lui disais, puisque je gardais le silence, mais aux réflexions auxquelles il jugeait avec raison que je me livrais.

— Vous devez nous juger un peu sévèrement, M. Osbaldistone; il n'est pas naturel de penser que cela puisse être autrement. Mais vous ne devez pas oublier que nous avons été provoqués. Nous sommes un peuple ignorant et grossier, peut-être violent et impétueux; mais nous ne sommes pas cruels. Nous vivrions en paix et soumis aux lois si l'on ne nous eût privés de la paix et de la protection des lois. Nous avons été un peuple persécuté…