— Hélène! s'écria Mac-Gregor en fronçant le sourcil, que veut dire ceci? Avez-vous oublié?…
— Je n'ai rien oublié de ce dont je dois me souvenir, Mac-Gregor. Ce ne sont pas des mains comme les miennes, ajouta-t-elle en étendant ses bras nus, longs et nerveux, qu'il faudrait employer pour présenter un gage d'amour, si ce gage ne devait être accompagné de misère et de désespoir. Jeune homme, continua-t-elle en me présentant une bague que je me souvins d'avoir vue au doigt de miss Vernon, ceci vous est offert par une personne que vous ne verrez plus. Si c'est un gage de malheur, il ne pouvait mieux vous parvenir que par la main d'une femme à qui tout bonheur est désormais étranger. Les derniers mots qu'elle m'adressa furent ceux-ci:
— Qu'il m'oublie pour toujours!
— Et peut-elle croire que cela soit possible? m'écriai-je presque sans savoir que je parlais.
— Tout peut s'oublier, reprit cette femme extraordinaire; tout, excepté le sentiment du déshonneur et le désir de la vengeance.
— Seid suas[140]! s'écria Mac-Gregor en frappant du pied la terre avec impatience.
Le son discordant de l'instrument favori des montagnards coupa court à la conférence; nous prîmes congé de notre hôtesse en silence, et nous nous remîmes en route, tandis que je réfléchissais sur cette nouvelle preuve qui venait de m'être acquise qu'aimé de Diana, j'en étais séparé pour toujours.
Chapitre XXXVI.
Adieu, contrée où les nuages
Comme un vaste linceul s'arrêtent sur les monts;
Où l'aigle, roi des airs, mêle ses cris sauvages
À la voix du torrent qui creuse les vallons;
Adieu, belle contrée où dans un lac limpide
La lune aime à baigner son front chaste et timide.
Nous traversions une contrée pittoresque quoique aride; mais absorbé dans mes réflexions je ne pus l'admirer en détail; il me serait donc impossible de la décrire. Le sommet élevé du Ben- Lomond, le monarque de toutes ces montagnes, apparaissait à notre droite, comme une imposante limite. Je ne sortis de mon apathie que lorsque, après une marche longue et fatigante, nous sortîmes d'un défilé des montagnes, et que le lac Lomond se développa devant nous. Je ne chercherai pas à vous peindre ce que vous comprendriez difficilement sans l'avoir vu; mais certainement ce noble lac, semé de tant de charmantes îles dont l'aspect et les formes varient au-delà de tout ce que l'imagination peut se figurer; son extrémité du côté du nord, se rétrécissant jusqu'à ce qu'il se perde au loin entre de sombres montagnes, tandis que s'élargissant de plus en plus vers le sud, il se dessine dans sa plus vaste étendue autour des anses et des promontoires d'un bord fertile. Voilà ce qui forme un des spectacles les plus surprenants, les plus beaux, les plus sublimes de la nature. La rive orientale, particulièrement agreste et sauvage, était celle où le clan de Mac-Gregor faisait alors sa principale résidence. On avait placé une garnison sur un point central entre le lac Lomond et un autre lac, pour défendre le pays limitrophe contre ses incursions; mais les fortifications naturelles du pays avec ses défilés nombreux, ses cavernes, ses rochers et ses marécages, faisaient que la construction du petit fort qu'on y avait établi paraissait un aveu du danger plutôt qu'une mesure pour le prévenir.