— Vous, ma jolie cousine? Il me semble que je pourrais être plutôt l'avocat de M. Francis, avocat sinon aussi éloquent, du moins aussi zélé et peut-être plus convenable.

— Oui, mais deux têtes valent mieux qu'une, comme vous savez.

— Surtout une tête telle que la vôtre, ma charmante Diana, répondit Rashleigh en s'avançant et en lui prenant la main avec une tendre familiarité qui me le fit paraître encore mille fois plus hideux que la nature ne l'avait fait. Miss Vernon le tira à l'écart, et ils s'entretinrent à demi-voix: elle paraissait lui faire une demande à laquelle il ne voulait ou ne pouvait point accéder. Je n'ai jamais vu de contraste aussi frappant entre l'expression de deux figures. La colère se peignit bientôt dans tous les traits de miss Vernon: ses yeux s'animèrent, le rouge lui monta au visage; elle raidit ses bras, et frappant du pied, elle semblait écouter avec autant de mépris que d'indignation les excuses qu'à l'air de déférence de Rashleigh, à son sourire respectueux et composé, je jugeai qu'il lui faisait. À la fin elle s'éloigna de lui en disant d'un ton d'autorité:

— Je le veux absolument.

— Cela m'est impossible, entièrement impossible. Le croiriez- vous, M. Osbaldistone? dit-il en s'adressant à moi.

— Êtes-vous fou? s'écria-t-elle en l'interrompant.

— Le croiriez-vous? répéta Rashleigh sans l'écouter; miss Vernon prétend non seulement que je connais votre innocence, dont en effet personne ne peut être plus convaincu que je ne le suis, mais que je dois même connaître les véritables auteurs du vol fait à ce Morris. Est-ce raisonnable, M. Osbaldistone?

— Ce n'est pas à M. Osbaldistone qu'il faut en appeler, Rashleigh, dit miss Vernon; il ne connaît pas comme moi toute l'étendue des renseignements qu'il vous est facile d'obtenir.

— En vérité vous me faites plus d'honneur que je ne mérite.

— De la justice, Rashleigh; de la justice, c'est tout ce que je demande.