— Voyez la nouvelle édition des statuts, revus, corrigés et augmentés par Joseph Jobson, greffier de la justice de paix, dit miss Vernon.

— Ainsi donc, continua Jobson, car je parle pour vous, Diana Vernon, fille non mariée et papiste, vous êtes tenue de vous rendre à votre demeure, par le plus court chemin, sous peine d'être dégradée comme coupable de félonie envers le roi. Vous êtes tenue de demander passage aux bacs publics et de n'y pas rester plus d'un flux et reflux, et à moins de le trouver dans de tels lieux, vous devez marcher chaque jour dans l'eau jusqu'aux genoux, en essayant d'atteindre la rive opposée.

— C'est, je suppose, dit miss Vernon, une sorte de pénitence protestante pour mes erreurs de catholique. Eh bien, je vous remercie de l'information, M. Jobson, et m'en vais au plus vite, bien résolue de garder dorénavant le logis. Adieu, mon bon M. Jobson, miroir de courtoisie judiciaire!

— Bonsoir, bonsoir, madame; et rappelez-vous qu'il ne faut pas plaisanter avec la loi. Et nous continuâmes notre chemin.

Le voilà donc parti, cet agent de trouble et de malheur; et en lui adressant un dernier coup d'oeil comme il s'en allait:

— N'est-il pas cruel, dit miss Vernon, pour des personnes honnêtes et bien nées, de se voir exposées à l'impertinence officielle d'un méchant flagorneur? Et pourquoi? parce que notre croyance est celle que tout le monde professait il n'y a pas beaucoup plus de cent ans… Car assurément notre religion a du moins l'avantage de l'ancienneté.

— J'étais violemment tenté de lui casser la tête, répondis-je.

— Vous auriez agi en franc étourdi; et cependant si mon poing avait été un peu plus lourd, je crois que je lui en aurais fait sentir la pesanteur. Ah! il y a trois choses pour lesquelles je suis à plaindre.

— Et quelles sont ces trois choses, miss Vernon?

— Me promettez-vous toute votre compassion, si je vous le dis?