Nous longeons le bazar à gauche de la grand'route, traversons les voies du chemin de fer et, en haut d'un pré étroit, une porte que nous franchissons nous conduit à la muraille d'enceinte de la forteresse de Babylone. Les ruines de divers bâtiments cachent trop ce qui reste de l'antique château, pour nous permettre de juger de son importance. Les habitants de ce quartier semblent fuir les étrangers; peut-être est-ce la peur atavique d'une invasion ennemie? Après s'être pourtant assurés de loin que nous ne sommes rien de plus redoutables que de simples Sawarhine, et alléchés par la perspective d'un bakschish, quelques êtres se montrent et nous suivent jusqu'à l'église de Saint-Georges ou Mâri Girgis.

Il y a tant de similitude entre la vie que mènent ces gens et celle de la mellah maure (le Ghetto arabe), que je n'aurais point été surpris de remarquer quelques types juifs parmi nos suiveurs, au lieu de l'absence complète de traits sémites à observer chez les Arabes.

Ces Coptes, dans le quartier desquels nous pénétrons, sont les plus purs Égyptiens. Leur nom seul, dérivé du grec Aiguptios et devenu en arabe Kupt, suffit à le prouver. De tous les habitants de la vallée du Nil, ceux-là attirent le plus notre sympathie, et il est agréable de songer qu'après des siècles d'oppression ils peuvent enfin jouir d'une pleine liberté sous le protectorat britannique.

CHAPITRE IX
DANS LE QUARTIER COPTE

Un peu d'histoire. || L'Église chrétienne Saint-Georges. || Un couvent copte. || La légende de la tourterelle. || La première mosquée d'Égypte. || La colonne merveilleuse.

Avant de pénétrer dans l'église copte de Saint-Georges, il serait intéressant de se reporter au temps où les Coptes, reniant le culte d'Osiris, furent reçus au sein de l'Église chrétienne. En l'an 62, Armianus fut nommé évêque d'Alexandrie, et pendant le patriarcat de Démétrius, un siècle plus tard, de nombreuses congrégations, associées aux noms de Clément, Origen, Pantænus, se formèrent dans diverses parties du Delta. Le IIIe siècle donna naissance au système monastique, et les ruines des premiers monastères, disséminées depuis le Delta jusqu'aux confins de la Nubie, démontrent quels rapides progrès fit la religion nouvelle. En plus de ces couvents, chaque temple est un monument du zèle religieux des nouveaux chrétiens. Éloignés de Rome, ceux-ci eurent sans nul doute moins de persécutions à souffrir que leurs frères soumis au joug de l'Empire; mais à cette époque, des luttes intérieures firent plus pour arrêter les progrès de la religion, que les persécutions d'aucun autocrate romain. Les enseignements d'Arius, d'Alexandrie, influencèrent la majorité, malgré les exhortations de l'évêque Alexandre et l'éloquence de son diacre Athanasius. Au concile de Nice, en 325, auquel ce dernier assista, Arius fut condamné et les chrétiens d'Égypte divisés en deux camps hostiles. Nous ignorons à quel point cette controverse intéressa Constantin, mais son fils Constantius, qui lui succéda, se déclara pour les Ariens. Athanasius fut exilé, et ses disciples persécutés par les Ariens, jusqu'en l'an 379; l'Édit de Théodosius ayant alors déclaré la religion orthodoxe, religion d'État, ce fut au tour des Ariens de souffrir la persécution. Une Église nationale s'érigea à côté de l'Église d'État, et en 451, après le concile de Chalcedon, elles se séparèrent définitivement l'une de l'autre. Les nationalistes, dont le parti était le plus fort, étaient connus sous le nom de Jacobites ou Coptes, les orthodoxes s'appelaient en Égypte les Mélékites. Au moment de l'invasion de l'Égypte par Anir, le grand général du Calife Omar, les Coptes étaient prêts à suivre celui qui les libérerait de la tyrannie de leurs gouverneurs byzantins. Nous aurons plus à dire par la suite au sujet d'Anir.