Ces pages furent écrites au moment où, tout à l'enthousiasme de la découverte, nous ne songions pas à mettre en doute son authenticité, et je les publie ainsi afin de ne pas leur enlever leur sincérité de premières impressions. Mais une triste désillusion nous était réservée. Depuis mon départ d'Égypte, cette intéressante momie a été examinée par de savants chirurgiens qui ont déclaré que le squelette était celui d'un jeune homme âgé de vingt-cinq à vingt-six ans....
Il n'y a pas de doute que tout ce qui se trouvait dans le sépulcre appartenait à la tombe de la Reine Tyi, mais l'endroit où repose réellement son corps, et l'identité du jeune homme qui usurpait ici sa place demeurent autant de mystères. Il ne semble guère possible que ce corps soit celui d'Ikhnaton qui aurait été transporté ici de Tel-el-Amarna pour reposer près de ses ancêtres. Son règne, sous lequel se sont accomplis tant d'événements, n'aurait guère pu se terminer si tôt. Obtiendra-t-on quelque nouvel éclaircissement sur ce que firent les prêtres d'Ammon, lorsqu'ils ouvrirent le sépulcre pour y effacer le nom maudit d'Aton? Peut-être le cérémonial somptueux des obsèques royales ne fut-il qu'un simulacre et le corps de la Reine a-t-il été transporté dans la ville d'Akhetaton, construite par son fils, pour échapper aux mains sacrilèges des prêtres?
Nous laisserons ces questions sans réponse et nous retournerons aux excavations du temple de Mentuhotep.
CHAPITRE XVI
LE TEMPLE DE MENTUHOTEP
Encore des tombes, des sarcophages, des momies. || Antiquités modernes... || L'honnête voleur. || Dans le clair-obscur des caveaux. || Les peintures de la tombe de Nakht: scènes de la vie d'un gentilhomme campagnard. || Vers le temple de Seti.
Vers la fin du mois de janvier 1907, le fond du puits fut atteint, et, à six cents pieds de son orifice, la chambre mortuaire ouverte. Dans une niche creusée dans la muraille gauche, se trouvait la momie. Cette niche était assez haute pour qu'on pût s'y tenir debout et assez profonde pour contenir un sarcophage. De larges plaques d'albâtre couvraient les murailles, et bien qu'il n'y eût nulle inscription pour nous renseigner, nous nous trouvions évidemment en présence du sépulcre d'un grand personnage. Le désordre qui y régnait prouvait que la tombe avait déjà été ouverte et pillée; le sol était jonché de débris de cercueil, d'arcs et de flèches, de statues de bois et de poteries. Dans un coin, un amas de poussière brunâtre et de morceaux de bandelettes était tout ce qui restait du corps pour lequel cette tombe avait été construite. La chaleur y était telle que nos bougies fondaient entre nos doigts; l'air était irrespirable.
Mais la trouvaille était importante, et au fur et à mesure que les objets renfermés dans la chambre mortuaire étaient apportés à la hutte, il devenait évident qu'ils avaient dû appartenir à une tombe royale. Le classement et remballage de tous ces objets prit quelque temps, et nous dûmes abandonner nos essais de reconstitution des meubles et des ornements.
Une autre tombe fut découverte à gauche du grand puits; l'immense sarcophage de granit qu'elle renfermait et sa situation près du sanctuaire du temple laissaient supposer qu'elle avait dû contenir une momie royale.