Mais ce qu’il ne comprenait pas, c’était le motif qui avait pu déterminer Ilse à quitter ainsi Berlin précisément le jour fixé par son mari pour rentrer après une si longue absence. Elle avait dû recevoir la dépêche; donc elle était au courant de sa venue.
Thor de Tornten se sentit retomber dans cette mauvaise humeur qui l’avait pris à la gare et qu’il avait eu tant de peine à secouer.
Ne trouverait-il jamais dans son ménage ce calme reposant qu’il souhaitait si ardemment en épousant Ilse?
Ne rencontrerait-il auprès de cette femme, rien autre, comme pendant les années de guerre, que de tièdes sentiments en surface, sans véritable affection?
Certes, il n’était pas mari heureux et avait conscience qu’Ilse n’était pas heureuse non plus.
La guerre, pensait-il, avait détruit l’harmonie de son ménage. Pendant toute cette longue période, il n’était venu que cinq fois chez lui, toujours pour de courtes apparitions, avec l’angoissante certitude que rien n’en pouvait prolonger la durée.
Cette hantise et la perspective plus cruelle encore de ne jamais se revoir avaient empêché la tendresse de s’installer entre les deux époux.
Le peu d’amour qui avait survécu aux premières années de leur existence commune s’était promptement consumé dans cette fièvre.
Et si de son côté le mari faisait de louables efforts pour reprendre auprès de sa femme dont il avait chéri la grâce exquise, la place qu’il avait conquise naguère, Ilse se montrait récalcitrante. Elle demeurait ironique et froide.
Parfois, des accès de colère prenaient au jeune officier lorsqu’au cours de ses permissions, il l’entendait parler, la voyait agir, si indifférente auprès de lui, si changée de ce qu’elle était.