Carry le précéda dans la chambrette où le garçonnet commençait maintenant à s’assoupir. Mais à l’approche de l’institutrice, le petit s’éveilla, se souleva derrière le rideau de son petit lit et l’appela.

Dans ce mouvement, il reconnut son père et lui fit fête.

Thor s’empressa, tira le rideau de la couchette et, passant le bras autour de ce tendre corps d’enfant, il s’assit sur le bord du lit pour mieux embrasser le petit homme qui tenait tant de place en son cœur.

Discrètement, miss Bolton était allée à l’une des fenêtres, laissant le père et le fils aux joies de leurs épanchements. Il y avait cependant, dans l’attitude de la jeune Anglaise, tant de grâce aimable et de charme élégant que Thor ne put longtemps se détourner d’elle. Après quelques minutes consacrées à son fils, dont la tendresse et les caresses lui faisaient tant de bien et le consolaient de l’absence, insolite à ce moment, de celle qui était sa femme, il reprit:

—Il est superbe, miss Bolton!

La jeune fille se détourna de la fenêtre et approcha:

—Mais aussi, c’est que nous avons été passer deux mois dans le Riesengebirg, explique-t-elle, souriante d’orgueil aux compliments de Thor.

—Papa, s’écria le petit, viens-tu de chez le kaiser? Mlle Bolton m’a dit que tu habitais avec le kaiser!

Thor posa la main sur la frêle tête aux cheveux blonds, contempla, pensif, le frais visage qui reflétait si exactement ses propres traits:

—J’ai vécu auprès de celui qui fut notre kaiser, mon petit, mais il ne l’est plus.