—Vivre! s’écrie Kammitz.

Et son doux visage d’homme réfléchi se durcit jusqu’à devenir un masque de haine.

—Tu parles comme nos ennemis. Mais, moi, je dis que ce sera pour lui, cet exil, une mort de tous les instants.

—Où l’exilent-ils?

—A Juan-Fernandez.

—L’île de Robinson?

—Elle-même.

Pendant quelques minutes, on n’entendit, dans la chambre blanche, que la respiration un peu oppressée des deux hommes.

—Et quelles sont les considérations qui ont guidé ce choix? demande Tornten lorsque l’émotion lui permet de parler.

—La distance de notre patrie allemande, où des millions de partisans restent au proscrit; les facilités de surveillance qu’offre cette île, qui ne présente qu’un seul mouillage permettant d’atterrir, et enfin le désir manifesté par le roi d’Angleterre de voir adoucir l’exil de l’ex-kaiser. Le cousin d’outre-Manche a fait aménager pour l’impérial banni, dans l’île de Mas-a-Tierra, déjà défrichée par d’anciens colons, une habitation sur l’élégance et le confort de laquelle les journaux anglais sont intarissables, tandis qu’ils sont muets sur les conditions d’isolement.