Agnès se mit à rire.
«Je suis si fatiguée, répondit-elle, que je vais vous souhaiter le bonsoir sans retourner au salon.»
Lady Montbarry se dirigea vers la porte.
«Je vois votre boîte à bijoux là, sur la table, n'oubliez pas de fermer à clef la porte qui donne dans le cabinet de toilette.
—Merci, c'est déjà fait, j'ai essayé la clef moi-même, dit Agnès.
Puis-je vous être bonne à quelque chose avant de me mettre au lit?
—Non, ma chère, merci, j'ai assez sommeil pour suivre aussi votre exemple. Bonne nuit, Agnès, je vous souhaite d'excellents rêves pour votre première nuit à Venise.»
XXII
Après le départ de lady Montbarry, Agnès ferma sa porte avec soin et commença à déballer ses malles. Dans sa hâte de s'habiller pour le dîner, elle avait pris la première robe venue et avait jeté son costume de voyage sur le lit. Elle ouvrit la porte de l'armoire à robes et commença à accrocher ses vêtements.
Au bout de quelques minutes, elle se sentit fatiguée et laissa les malles telles qu'elles étaient. Le vent du sud qui avait soufflé si vif toute la journée ne s'était pas encore apaisé. L'atmosphère de la chambre était un peu lourde. Agnès se jeta un châle sur la tête et, ouvrant la fenêtre, s'accouda au balcon pour respirer l'air. Le ciel était couvert, il était impossible de distinguer un objet devant soi; le canal avait l'air d'un gouffre noir: les maisons situées en face semblaient une ligne d'ombre se confondant avec le ciel sans étoile et sans lune.
À de rares intervalles, le cri guttural, précurseur d'un gondolier attardé, se faisait entendre et prévenait les autres bateliers. De temps en temps le bruit rapproché de rames frappant l'eau indiquait le passage invisible d'une barque ramenant des voyageurs à l'hôtel. Ces bruits exceptés, le silence qui enveloppait Venise était un silence de tombeau.