«Ma pauvre chérie!» murmura-t-il, et il l'embrassa.

Tendrement émue et toute tremblante, sa bouche rencontra les lèvres d'Henry. Puis sa tête s'inclina, elle lui passa les bras autour du cou et cacha son visage sur sa poitrine. Ils ne dirent plus rien.

Ce silence enchanteur ne dura qu'un instant; on venait de frapper sans pitié à la porte.

Agnès tressaillit. Elle se précipita au piano. Une fois assise sur le tabouret, l'instrument étant placé en face de la porte, il était impossible à la personne qui allait venir de voir sa figure. «Entrez!» cria Henry irrité. La porte ne s'ouvrit pas, mais, du couloir, on fit une étrange question:

«M. Henry Westwick est-il seul?»

Agnès reconnut aussitôt la voix de la comtesse. Elle courut à une seconde porte qui, du salon donnait dans une chambre à coucher.

«Ne la laissez pas approcher de moi, dit-elle. Bonne nuit, Henry!
Bonne nuit!»

Henry répéta donc, plus irrité encore que la première fois:

«Entrez!»

La comtesse entra lentement dans la chambre, son éternel manuscrit à la main. Son pas était incertain, son visage était sombre, ses yeux injectés de sang étaient largement dilatés. En approchant d'Henry elle se heurta contre la table près de laquelle il était assis. En parlant, elle n'articulait plus les mots que d'une manière confuse et presque inintelligible. On l'aurait crue ivre, mais Henry ne s'y trompa pas. Il dit en lui offrant une chaise: