Lord Montbarry prit tranquillement le manuscrit et le jeta au feu.

«Que cette ordure serve au moins à quelque chose, dit-il, en soulevant les pages avec le poker. La chambre commence à devenir froide: la pièce de la comtesse va faire flamber de nouveau ces bûches à demi calcinées.»

Il attendit un peu devant le foyer et revint auprès de son frère.

«Maintenant, Henry, j'ai encore un mot à dire, puis j'ai fini. Je suis prêt à admettre que vous vous êtes trouvé, par un hasard malheureux, en face de la preuve d'un crime commis dans le palais autrefois, personne ne sait quand, mais à part cela, je conteste tout le reste. Plutôt que de partager votre opinion, je ne veux rien croire de tout de ce qui est arrivé. Les influences surnaturelles que quelques-uns de nous ont subies quand nous sommes arrivés dans cet hôtel: votre perte d'appétit, les rêves affreux de ma soeur, l'odeur qui suffoqua Francis, et la tête qui apparut à Agnès, je déclare que tout cela est pure hallucination! Je ne crois à rien, rien, rien!»

Il ouvrit la porte pour sortir, et regarda encore une fois dans la chambre.

—Si, continua-t-il, il y a une chose que je crois: ma femme a commis une indiscrétion. Je crois qu'Agnès vous épousera. Bonsoir, Henry. Nous quitterons Venise demain matin à la première heure.

Et voici comment lord Montbarry jugea le mystère de l'hôtel hanté.

POST SCRIPTUM

Un dernier moyen de trancher la différence d'opinion qui existait entre les deux frères restait entre les mains d'Henry. Il était décidé à se servir des fausses dents comme point de départ d'une enquête qu'il voulait faire, dès que lui et ses compagnons seraient de retour en Angleterre.

La seule personne encore vivante qui connût les moindres détails de l'histoire domestique de la famille dans les temps passés était la vieille nourrice d'Agnès Lockwood. Henry saisit la première occasion qui se présenta pour tenter de réveiller ses souvenirs sur lord Montbarry, mais la nourrice n'avait jamais pardonné au chef de la famille son abandon d'Agnès: elle refusa nettement de faire appel à sa mémoire.