Elle pensa qu'elle avait produit sur lui une violente impression, et desserra la main qu'elle avait posée sur le bras du docteur.
«Vous avez consolé bien des malheureuses dans votre vie, dit-elle.
Consolez-en une de plus aujourd'hui.»
Sans attendre de réponse, elle se dirigea de nouveau vers le cabinet de consultation.
Le docteur la suivit et ferma la porte. Il la fit asseoir sur un fauteuil, en face de la fenêtre. Le soleil, ce qui est rare à Londres, était éblouissant cet après-midi-là. Une lumière éclatante l'enveloppa. Ses yeux la supportèrent avec la fixité des yeux d'un aigle. La pâleur uniforme de son visage paraissait alors plus effroyablement livide que jamais. Pour la première fois depuis bien des années, le docteur sentit son pouls battre plus fort en présence d'un malade.
Elle avait demandé qu'on l'écoutât, et maintenant elle semblait n'avoir plus rien à dire. Une torpeur étrange s'était emparée de cette femme si résolue. Forcé de parler le premier, le docteur lui demanda simplement, avec la phrase sacramentelle, ce qu'il pouvait faire pour elle. Le son de cette voix parut la réveiller; fixant toujours la lumière, elle dit tout à coup:
«J'ai une question pénible à vous faire.
—Qu'est-ce donc?»
Son regard allait doucement de la fenêtre au docteur. Sans la moindre trace d'agitation, elle posa ainsi sa pénible question:
«Je veux savoir si je suis en danger de devenir folle?»
À cette demande, les uns auraient ri, d'autres se seraient alarmés. Le docteur Wybrow, lui, n'éprouva que du désappointement. Était-ce donc là le cas extraordinaire qu'il avait espéré en se fiant légèrement aux apparences? Sa nouvelle cliente n'était-elle qu'une femme hypocondriaque dont la maladie venait d'un estomac dérangé et d'un cerveau faible?