Il y eut encore un silence. Lady Montbarry semblait réfléchir. Ce sourire, qui ne faisait que paraître et disparaître, ce sourire à la_ _fois triste et cruel se dessina sur ses lèvres minces. De son écran, elle désigna un siège placé de l'autre côté de la chambre.
«Prenez la peine de vous asseoir,» dit-elle.
Impuissante maintenant qu'elle se sentait battue sur son propre terrain, ne sachant plus que dire et que faire, Mme Ferraris obéit machinalement. Lady Montbarry, pour la première fois, se souleva un peu du canapé et se mit à l'observer avec un regard scrutateur, pendant qu'elle traversait la chambre, puis elle reprit sa position primitive.
«Non, se dit-elle à elle-même, la femme marche droite, elle n'est pas ivre, elle est peut-être folle.»
Elle avait parlé assez haut pour être entendue. Piquée par cette insulte, Mme Ferraris répondit aussitôt:
«Je ne suis ni plus ivre ni plus folle que vous!
—Vraiment? reprit lady Montbarry. Alors vous êtes une insolente? J'ai remarqué, en effet, que le peuple anglais est assez mal appris; nous autres étrangers, nous nous en apercevons facilement dans les rues. Je ne peux pas vous suivre sur ce terrain. Je ne saurais que vous dire. Ma femme de chambre est une maladroite de vous avoir laissée entrer aussi facilement chez moi. Votre petit air innocent l'aura trompée sans doute. Je me demande qui vous êtes? Vous me nommez un courrier qui nous a quittés d'une manière fort inconvenante. Était-il marié? Êtes-vous sa femme? Savez-vous où il est?»
L'indignation de Mme Ferrons éclata aussitôt. Elle s'approcha du canapé; dans sa rage elle n'avait plus peur de rien.
«Je suis sa veuve, et vous le savez bien, méchante femme que vous êtes! Ah! ce fut une heure maudite que celle où miss Lockwood recommanda mon mari comme courrier au lord!…»
Avant qu'elle eût pu ajouter une autre parole, lady Montbarry sauta du canapé avec l'agilité d'une chatte, la saisit par les épaules et la secoua avec la force et la frénésie d'une folle.