Elle se leva à son tour, se dirigeant sans répondre vers la table à écrire. La lettre interrompue par l'arrivée de lady Montbarry était grande ouverte sur son buvard. Elle la regarda, puis se tournant vers Henry avec un sourire plein de charme:
«Il ne faut pas vous en aller encore, dit-elle. J'ai quelque chose à vous apprendre et je ne sais comment faire. Ce qu'il y a de plus simple est peut-être de vous le laisser deviner tout seul. Vous venez de parler de ma vie solitaire et sans protection. Ce n'est pas une vie bien heureuse, j'en conviens.»
Elle s'arrêta, observant l'anxiété croissante qui se peignait sur le visage d'Henry à mesure qu'elle parlait.
«Savez-vous que je me le suis déjà dit avant vous? continua-t-elle. Il va y avoir un grand changement dans ma vie, si votre frère Stephen et sa femme y consentent.»
Tout en parlant elle ouvrit son pupitre et en sortit une lettre qu'elle tendit à Henry.
Il la prit machinalement. Il ne comprenait pas ce qu'il venait d'entendre. Il était impossible que le changement de vie dont elle venait de parler signifiât qu'elle allait se marier, et cependant il n'osait pas ouvrir la lettre. Leurs yeux se rencontrèrent, elle sourit.
«Regardez l'adresse, dît-elle; vous devez connaître l'écriture, mais je crois que vous ne la reconnaissez pas.»
Il la regarda. C'était une grosse écriture, l'écriture irrégulière et incertaine d'un enfant. Il prit aussitôt la lettre:
«Chère tante Agnès,
Notre gouvernante va s'en aller. Elle a eu de l'argent qui lui a été légué et une maison. Nous avons eu du vin et du gâteau pour boire à sa santé. Vous avez notre gouvernante si nous en avions besoin d'une. Nous vous voulons, mais maman n'en sait rien. Venez, s'il vous plait, avant que maman puisse se procurer une autre gouvernante.