—Madame peut me faire une grande faveur, en disant comment je l'ai servie tant que j'ai été chez elle. On m'offre une place auprès d'une dame malade qui depuis ces derniers jours est venue demeurer dans le voisinage.
—Ah, ouf, j'en ai entendu parler. Une Mme Carbury, avec sa nièce, une jolie jeune fille, à ce que l'on m'a dit. Mais, madame Rolland, vous m'avez quittée il y a quelque temps déjà, et Mme Carbury voudra sans doute avoir ses renseignements de la dernière maîtresse que vous avez servie.»
Un éclair de vertueuse indignation illumina soudain les yeux enfoncés de Mme Rolland. Elle toussa avant de répondre, comme si le souvenir de sa dernière maîtresse l'étreignait à la gorge.
«J'ai dit à Mme Carbury que la personne que j'ai servie en dernier —réellement je ne puis pas lui donner son titre, en votre présence, madame,—a quitté l'Angleterre pour l'Amérique. Mme Carbury sait que je suis partie de chez cette personne de mon plein gré, elle sait aussi pour quelle raison et elle approuve ma conduite. Un mot de vous, madame, sera largement suffisant pour me procurer cette place.
—Très bien! Madame Rolland, je n'ai aucune raison pour ne pas vous recommander en cette circonstance. Mme Carbury me trouvera demain chez moi jusqu'à deux heures.
—Mme Carbury n'est pas assez bien portante pour sortir, madame.
Sa nièce, miss Haldane, viendra à sa place si vous le permettez.
—Mais parfaitement. Cette jeune fille est sûre d'être la bienvenue. Attendez un peu, madame Rolland. Cette dame est miss Lockwood, la cousine de mon mari et mon amie. Elle désire vous parler du courrier qui était au service de feu lord Montbarry à_ _Venise.»
Les sourcils épais de Mme Rolland se froncèrent en signe de mécontentement.
«Je le regrette, madame, fut tout ce qu'elle répondit.
—Vous ne savez peut-être pas ce qui s'est passé après votre départ de Venise? reprit Agnès. Ferraris a quitté le palais secrètement, et l'on n'a plus jamais entendu parler de lui.»