—Ils peuvent être retenus chez eux, reprit Mme Carbury.

—Mais, ma chère tante, qu'est-ce qui vous le prouve? Supposons que vous en parliez à Arthur!

—Supposons que _tu _lui en parles, toi?»

Miss Haldane baissa aussitôt la tête sur son ouvrage. Mais sa tante avait eu le temps de voir son visage, et son visage l'avait trahie.

Lorsque Arthur vint le lendemain, Mme Carbury le prit à part et causa avec lui, pendant que sa nièce était au jardin. Le roman nouveau attendait sur la table. Arthur n'en fit pas la lecture à la vieille dame et alla trouver miss Haldane dans le jardin.

Le jour suivant, il écrivit chez lui, et mit dans sa lettre une photographie de miss Haldane. À la fin de la semaine, sir Théodore et lady Barville arrivèrent chez lord Montbarry et purent s'assurer que le portrait qu'on leur envoyé n'avait pas flatté l'original. Ils s'étaient mariés jeunes et, chose étrange, ils n'étaient pas opposés à ce qu'on suivît leur exemple. La question d'âge étant ainsi écartée, les amoureux ne devaient plus rencontrer aucun obstacle. Miss Haldane était fille unique et possédait une belle fortune. Arthur avait fait de bonnes études et s'était conquis un certain renom à l'Université; mais cela ne suffisait pas pour gagner sa vie. Comme fils aîné de sir Théodore, sa position était déjà du reste assurée. Il était âgé de vingt-deux ans, la jeune fille en avait dix-huit. Il n'y avait aucune raison pour faire attendre ces enfants et rien ne devait apporter d'obstacle à la célébration du mariage, qui pouvait avoir lieu vers la première semaine de septembre. Pendant que les jeunes époux feraient à l'étranger l'inévitable voyage de noce, une soeur de Mme Carbury avait offert de rester avec elle. Le jeune couple aussitôt la lune de miel finie, devait revenir en Irlande et s'installer dans la grande et confortable maison de Mme Carbury.

Tout cela fut décidé au commencement du mois d'août. Vers la même date, les derniers travaux étaient terminés dans le vieux palais à Venise. On sécha les chambres à la vapeur, les caves furent remplies de bon vin, le gérant réunit une armée de domestiques, et on annonça pour le mois d'octobre, dans l'Europe entière, l'ouverture du nouvel hôtel.

XV

Miss Agnès Lockwood à Madame Ferraris. «J'ai promis, ma bonne Émilie, de vous donner quelques détails sur le mariage de M. Arthur Barville et de miss Haldane. Il a eu lieu il y a dix jours. Mais j'ai eu tant à faire en l'absence du maître et de la maîtresse de la maison, que je n'ai pu vous écrire qu'aujourd'hui.

» Les invitations n'ont été faites qu'aux membres de la famille du mari et de la femme, en raison de la mauvaise santé de la tante de miss Haldane. Du côté de la famille Montbarry, il y avait, outre lord et lady Montbarry, sir Théodore et lady Barville, Mme Narbury, la deuxième soeur de milord comme vous savez, Francis et Henry Westwick. Les trois enfants et moi nous assistâmes à la cérémonie en qualité de demoiselles d'honneur. Deux autres jeunes filles fort gentilles, cousines de la mariée, se joignirent à nous. Nos robes étaient blanches, avec des garnitures vertes en honneur de l'Irlande. Le marié nous fit à toutes cadeau d'un joli bracelet d'or. Si vous ajoutez aux personnes que je viens de nommer les membres de la famille de Mme Carbury et les vieux domestiques des deux maisons, à qui l'on avait permis de boire à la santé des nouveaux mariés, à l'autre bout de la salle à manger, vous aurez la liste complète des convives du déjeuner de noce.