Agnès venait de terminer et de cacheter sa lettre quand l'aînée de ses petites élèves entra dans la chambre annonçant que le domestique de lord Montbarry venait d'arriver de Paris! Craignant quelque malheur, elle sortit à la hâte.
Le domestique comprit qu'il l'avait effrayée.
«Il n'y a aucune mauvaise nouvelle, mademoiselle, sa hâta-t-il de dire. Milord et milady sont fort bien à Paris. Ils désirent seulement que vous et les jeunes demoiselles vous veniez les retrouver.»
En même temps il tendait à Agnès une lettre de lady Montbarry.
«Ma chère Agnès,
» Je suis si heureuse de la vie que je mène ici,—il y a six ans, ne l'oubliez pas, que je n'ai voyagé—que j'ai fait tous mes efforts pour persuader à lord Montbarry d'aller à Venise. Et, ce qui est bien plus important, j'en suis arrivée à mes fins! Il est maintenant dans sa chambre en train d'écrire les lettres d'excuses aux personnes dont il avait accepté des invitations. Je vous souhaite, ma chère, d'avoir un aussi bon mari, quand le moment viendra! En attendant, la seule chose qui me manque pour être tout à fait heureuse, c'est de vous avoir ici avec mes bébés. Bien qu'il ne le dise pas aussi franchement, Montbarry est tout aussi malheureux que moi sans eux. Vous n'aurez aucun ennui. Louis vous remettra ces quelques lignes écrites à la hâte, et prendra soin de vous pendant le voyage jusqu'à Paris. Embrassez les enfants pour moi mille et mille fois et ne vous occupez pas de leur éducation pour le moment! Faites vos malles immédiatement, ma chérie, et je ne vous en aimerai que mieux.
» Votre amie affectionnée,
» ADELA MONTBARRY.»
Toute troublée, Agnès replia la lettre, et pour se remettre, se réfugia quelques minutes seule dans sa chambre.
Le premier moment de surprise passé, en rentrant en possession d'elle-même, à l'idée d'aller à Venise, elle se souvint des derniers mots prononcés chez elle par la veuve de Montbarry: