Mme Narbury accepta.

Elle était maintenant sur le point de passer la seconde nuit dans la chambre occupée autrefois par le baron Rivar.

Une fois de plus, elle s'endormit comme d'habitude. Et une fois de plus, les affreux rêves de la première nuit vinrent épouvanter son esprit, reparaissant l'un après l'autre dans le même ordre. Cette fois-ci, ses nerfs déjà fort surexcités ne purent supporter cette nouvelle secousse. Elle jeta sur ses épaules sa robe de chambre, et sortit à la hâte au milieu de la nuit. Le garçon de service, réveillé par le bruit qu'elle fit en ouvrant et en refermant la porte, la vit se précipiter tête baissée en bas de l'escalier, à la recherche du premier être qu'elle rencontrerait pour lui tenir compagnie.

Fort surpris par cette nouvelle manifestation de la fameuse excentricité anglaise, l'homme consulta le registre de l'hôtel et conduisit la dame en haut, à la chambre occupée par sa domestique.

Elle ne dormait pas, et, chose plus étonnante, elle n'était même pas déshabillée. Elle reçut sa maîtresse sans le moindre signe d'étonnement.

Quand elles furent seules et quand Mme Narbury l'eut, comme il le fallait bien, mise dans sa confidence, la femme de chambre fit une fort étrange réponse:

«J'ai parlé de l'hôtel ce soir, au souper des domestiques, dit-elle; celui qui sert un des messieurs qui restent ici a entendu dire que feu lord Montbarry est la dernière personne qui ait habité le palais avant sa transformation en hôtel. La chambre dans laquelle il est mort est celle où vous avez dormi la nuit dernière. Votre chambre de ce soir est juste au-dessus. Je n'ai rien dit de peur de vous effrayer. Pour ma part, j'ai passé la nuit comme vous voyez, la lumière allumée et lisant ma Bible. À mon avis, aucun membre de votre famille ne peut espérer être heureux ou même tranquille dans cette maison.

—Que voulez-vous dire?

—Laissez-moi, s'il vous plaît, m'expliquer, madame. Quand M. Henry Westwick est venu ici, je tiens encore cela du même domestique, il a occupé comme vous, sans le savoir, la chambre où est mort son frère. Pendant deux nuits, il n'a pu fermer les yeux. Il n'y avait cependant aucune raison à cela; le domestique l'a entendu dire à des messieurs, au café, qu'il n'avait pu dormir et qu'il s'était trouvé tout mal à son aise. Mais, bien plus encore, quand le jour vint, il ne put même pas manger sous ce toit maudit. Vous pouvez rire de moi, madame, mais une servante peut aussi avoir son opinion, c'est qu'il est arrivé ici quelque chose à milord, qu'aucun de nous ne sait. Son fantôme erre tristement jusqu'à ce qu'il puisse le dire, et les membres de sa famille sont les seuls auxquels sa présence se révèle. Vous le reverrez tous encore peut-être. Ne restez pas davantage, je vous en prie, dans cette affreuse maison! Pour moi, je ne voudrais pas y passer une autre nuit, non, pas pour tout l'or du monde!»

Mme Narbury calma l'esprit de sa servante et la rassura sur ce dernier point.