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Arbuton parle

Mme Ellison était à peu près guérie.

Elle avait déjà visité deux fois les magasins de la rue de la Fabrique; et son complet rétablissement ne rencontrait plus d’autre entrave que les délais apportés par la modiste à la confection d’une robe de soie trop précieuse pour être risquée en pièce à la merci des douaniers de la frontière.

En outre, bien que le colonel commençât à devenir impatient, la jeune femme n’était pas fâchée de remettre encore un peu son départ, dans l’intérêt d’une cause à laquelle elle avait fait volontairement l’offrande de ses souffrances.

Sur les derniers temps, Kitty avait montré bien peu de reconnaissance pour le dévouement infatigable de Fanny.

Elle avait l’ingratitude de se refuser de plus en plus aux confidences qu’on essayait de provoquer d’une façon détournée; elle résistait ouvertement à des attaques directes, même en matière de faits.

Mais, s’il répugnait à Kitty de tout confier à sa cousine, c’était peut-être parce que cela se réduisait à bien peu, ou parce qu’une jeune fille n’a pas, ou n’est pas censée avoir l’esprit à certaines choses, ou même les ignore entièrement, jusqu’à ce qu’elles lui soient précisées par la personne la plus autorisée à savoir ce qu’elle pense.

Le rêve au milieu duquel la jeune fille vivait était agréable et beau; son imagination en était pleinement satisfaite, et son intelligence agréablement bercée.

Ce rêve passait d’une phase à une autre sans se heurter aux angles de la réalité, et en apparence ne se reliait d’aucune façon ni au passé ni à l’avenir.

Elle-même paraissait ne pas y être plus concernée ni en être plus responsable, que si elle eût simplement joué le rôle d’une héroïne de roman.