Mais aussitôt qu’elle fut seule avec lui, son esprit s’exalta. Pendant qu’ils cheminaient sous l’ombrage de la falaise, elle se mit à discourir avec une verve intarissable sur les objets intéressants de la route.
Elle s’extasia sur la beauté du fleuve large et tranquille, avec ses navires à l’ancre.
Elle faisait des réflexions badines sur le village à travers lequel ils passaient, avec ses portes ouvertes et le repas du soir fumant sur le grand poële encadré dans la cloison de chacune de ces demeures proprettes. Elle attira l’attention de son compagnon sur les deux grands escaliers qui escaladent le rocher, et conduisent des chantiers de bois aux plaines d’Abraham, et sur l’armée de travailleurs, qui, une petite chaudière à dîner à la main, montaient le long de cette rampe si difficile autrefois, pour regagner leurs quartiers dans le faubourg Saint-Roch.
Elle faisait tout ce qu’elle pouvait pour rester maîtresse de la conversation et se tenir personnellement hors de question.
Un bout du village était peuplé par des Français; c’était propret gentil.
Mais, un peu plus loin, la route commença à pulluler d’Irlandais, et cessa d’être un sujet de discours intéressant.
Alors le silence contre lequel elle avait tant lutté, tomba sur eux et les enveloppa comme d’un cercle magique, qu’elle ne put réussir à rompre.
Il eût été mieux pour le succès d’Arbuton de respecter ce silence.
Mais un échec était pour lui invraisemblable; il avait si longtemps regardé cette jeune fille de haut en bas, disons le mot, qu’il ne pouvait pas s’imaginer qu’elle pût hésiter un instant à accepter l’offre de son cœur.
En outre, un sentiment de magnanime obligation se mêlait à son amour confiant, car elle devait savoir qu’il avait entendu ce que la jeune femme avait dit à la mission.