Chaque fois que celle-ci confirmait l’opinion du colonel, Mme Ellison prétendait qu’ils étaient trop difficiles; et jamais ils ne quittaient une porte sans que la pauvre affligée ne s’imaginât voir celles du paradis se fermer derrière eux.
Elle commençait à croire que leurs pérégrinations seraient infructueuses, lorsqu’ils s’arrêtèrent enfin devant le vestibule d’une maison dont l’extérieur trahissait si peu l’objet de leurs recherches, que la jeune femme conseilla même de ne point sonner.
Elle fit si bien partager son opinion au colonel, que, le coup de sonnette risqué, il fit précéder sa demande de quelques mots d’excuses pour avoir supposé qu’il y avait là des chambres à louer.
Après un coup d’œil donné à celles-ci, il revint à la voiture, déclara que tout était pour le mieux, et qu’on n’avait pas besoin d’aller plus loin.
Mme Ellison répondit qu’elle ne pouvait pas se fier au jugement de son mari; il était si inconséquent.
Kitty visita les chambres, et revint enchantée, ce qui alarma de plus en plus Mme Ellison.
Elle était sûre qu’il valait mieux chercher ailleurs; qu’il y avait une foule d’autres endroits beaucoup plus propices.
Même si les chambres étaient belles et la localité agréable, il ne pouvait manquer d’exister certains inconvénients qu’on découvrirait plus tard. Là-dessus son mari la prit dans ses bras, la descendit de voiture, et, sans réponse ni commentaires, la transporta dans la maison.
Pendant toutes ces courses, Arbuton s’était promis de quitter ses compagnons de voyage aussitôt qu’ils auraient découvert un logement, de passer seulement la journée à Québec, et de prendre le train du soir pour Gorham, échappant ainsi aux ennuis d’un hôtel encombré, et coupant court à des relations qu’il n’aurait jamais dû laisser aller si loin.
Tant que la famille Ellison avait été sans toit, il avait cru de son devoir de ne la pas abandonner. Et même maintenant qu’elle avait heureusement trouvé un abri, n’était-il pas tenu de faire quelque chose de plus? Il se tenait irrésolu près de la voiture.