Et son œil enthousiasmé s’arrêtait sur les plafonds bas, la vaste et profonde cheminée disant éloquemment les larges attisées qui devaient y rugir, les fenêtres françaises aux curieuses et massives espagnolettes, et tous ces petits détails qui faisaient de l’endroit quelque chose de rare et d’attrayant.
Fanny éclata de rire en voyant l’extatique distraction où se perdait la physionomie de sa cousine.
—Pensez-vous que cet endroit soit assez beau pour un héros et une héroïne? demanda-t-elle avec malice.
Il faut dire que Kitty avait, par quelques tentatives enfantines sur le domaine de la fiction où elle avait passé une grande partie de sa vie, conquis dans la famille une de ces réputations dont il est si difficile de se débarrasser; et Mme Ellison, qui était aussi peu idéaliste qu’il soit possible de l’être, l’admirait avec cette ferveur que les gens à peu d’imagination entretiennent toujours à l’endroit de leurs amis dont les dispositions sont tournées vers les créations littéraires.
Elle croyait sincèrement sa cousine toujours plongée dans les mystérieuses combinaisons de quelque roman.
—Oh! répondit Kitty en rougissant un peu, pour ce qui est des héros et des héroïnes, je ne sais pas; mais j’aimerais à y vivre moi-même. Oui, continua-t-elle, s’adressant à elle-même plutôt qu’à son interlocutrice, je crois vraiment que j’étais faite pour cela. J’ai toujours désiré habiter parmi de vieilles choses, dans une maison en pierre, avec des lucarnes. Mais il n’y a pas une seule lucarne à Eriécreek, et loin d’y avoir des maisons en pierre, il n’y en a pas seulement une seule en brique. Oh oui, assurément! j’étais née pour vivre dans un vieux pays.
—Eh bien, alors, Kitty, vous n’avez qu’à épouser un homme de l’Est, et vous établir dans l’Est; ou bien trouver un mari riche qui vous emmène vivre en Europe.
—Ou à Québec. C’est tout ce que je demanderais; et il n’aurait pas besoin d’être bien riche pour cela.
—Mais, ma pauvre enfant, quelle espèce de mari trouverez-vous qui veuille s’établir dans cette nécropole?
—Oh! mais, je suppose, quelque artiste, ou quelque homme de lettres.