Kitty et son compagnon s’étaient écartés respectueusement, et Arbuton s’approcha pour aider la femme à gagner son siège.

Elle lui adressa un merci triste et enroué, et couvrit avec amour d’un pli de son châle l’extrémité de l’humble bière.

Le cocher encore assoupi fouetta sa bête, et le véhicule partit en cahotant.

Kitty jeta un coup d’œil reconnaissant à Arbuton, et tous deux d’un commun accord entrèrent dans l’église.

En se dirigeant vers le maître-autel, ils passèrent tout près du brancard noir et grossier, avec ses cierges jaunes fumant encore dans leurs chandeliers de bois noir.

Quelques personnes pieuses étaient disséminées çà et là sur les bancs vides, et à l’un des principaux autels latéraux une pauvre femme priait à genoux devant une effigie en bois du Christ mort, reposant sous l’autel dans une châsse vitrée.

La figure était de grandeur nature, peinte de façon à représenter la vie ou plutôt la mort, avec barbe et cheveux naturels, enveloppée de draperies en mousseline laissant les stigmates à découvert.

Cette image était étendue sur une couche jonchée de fleurs artificielles, dans une attitude poignante.

La pauvre âme, tout entière à sa dévotion, priait avec une extatique ferveur, tantôt les bras étendus dans une attitude suppliante, et tantôt les mains jointes et la tête appuyée sur celles-ci, pendant que son corps se balançait de côté et d’autre dans l’abandon de sa prière. Qui pouvait-elle être, et quel si grand besoin pouvait-elle avoir de secours ou de pardon?

Suivant son habitude, Kitty s’identifiait par l’imagination avec cette femme en prière, et prenait part à la trame dramatique de son désir ou de son chagrin.