—Oui, très jolie. C’est-à-dire que la première partie n’en a pas été bien agréable; mais nous avons fini par trouver à la basse-ville une vieille église fort intéressante, et là il paraît que la gaieté est revenue et que tout a tourné pour le mieux.

—Voyons, dit le colonel, qu’avez-vous trouvé de si intéressant dans cette église?

—Ma foi, il y avait d’abord les funérailles d’un enfant, et puis une vieille femme entièrement écrasée sous le poids de quelque chagrin, priant devant un autel, et puis....

—Il paraît qu’il ne faut pas grand’chose pour vous égayer, dit le colonel. Tout ce que vous exigez de vos semblables c’est le deuil, le chagrin, l’agonie dévote, et de suite vous voilà joyeuse. D’autres exigeraient des sacrifices humains, mais pas vous.

Kitty regarda son cousin tout interdite. L’absurdité de la chose lui sautait aux yeux, et elle sentit des larmes prêtes à lui venir.

Elle ne répondit pas; mais Mme Ellison, qui ne voyait là qu’un obstacle au désir qu’avait Kitty de babiller un peu, vint à son secours.

—Ne répondez pas un mot, Kitty, pas un seul mot, dit-elle. Je n’ai jamais rien vu de plus vexant entre cousins; et je le dirais devant une cour de justice!

Un éclat de rire de Kitty, qui se cacha la tête dans ses mains, vint interrompre la tirade de Mme Ellison.

—Eh bien, reprit celle-ci un peu piquée par la désertion de Kitty, j’espère que vous vous comprenez l’un l’autre, car moi je ne vous comprends pas.

Telle était l’attitude de Mme Ellison devant la famille de son mari, laquelle à la vérité n’avait jamais pu s’expliquer le choix du colonel que comme une plaisanterie, et se demandait parfois s’il n’avait pas poussé la plaisanterie un peu loin.