Mistress Rawdon entrait au même instant: elle venait voir Amélia. Trouvant la porte ouverte, elle n'avait pas eu la peine de sonner.

Rebecca n'était ni moins jolie ni moins élégante qu'à son ordinaire. Le paisible et profond repos qu'elle avait goûté depuis le départ de Rawdon lui avait rendu la fraîcheur de son teint; ses joues roses et souriantes faisaient plaisir à voir, surtout à voir au milieu des figures pâles et inquiètes que l'on rencontrait à chaque pas dans la ville. Elle ne put s'empêcher de rire à la vue de Jos, tout essoufflé de ses efforts pour pénétrer dans les manches de sa redingote.

«Vous vous disposez à rejoindre l'armée, monsieur Jos? demanda-t-elle. Qui restera donc à Bruxelles pour nous protéger, nous autres, pauvres femmes?»

Le bras de Jos étant enfin parvenu à franchir l'entrée de la redingote, notre séducteur s'avança tout rougissant, et balbutia quelques excuses à la belle visiteuse, et lui demanda comment elle avait supporté les fatigues du bal et les événements de la matinée.

M. Isidore était allé serrer, pendant ce temps, la robe de chambre à ramages.

«Que c'est aimable à vous de vous informer ainsi de ma santé, dit-elle en serrant une des mains de Jos dans les siennes. À la bonne heure: au moins, vous êtes calme et de sang-froid, tandis que les autres ont tous l'air de ne plus savoir où ils en sont. Et notre petite Emmy? la séparation a dû être bien terrible pour elle.

—Déchirante! dit Jos.

—Vous autres hommes, vous êtes tous de roc; les séparations, les dangers, rien ne vous émeut. Allons, vous vous disposez à rejoindre l'armée, n'est-ce pas? vous voulez donc nous abandonner à notre malheureux sort. Je savais bien que je devinais juste! j'en avais comme un pressentiment. Cette pensée que vous alliez nous quitter m'a mise tout en émoi, c'est que je pense souvent à vous quand je suis seule, monsieur Jos, et alors je suis vite accourue pour vous supplier de n'en rien faire, de ne point nous abandonner.»

Voici maintenant de quelle manière on pouvait interpréter ces paroles:

«Mon cher monsieur, dans le cas où l'armée éprouverait un échec et serait forcée de battre en retraite, vous avez une excellente voiture où je compte bien trouver une place.»