«Venez, dit-il, venez, la soupe est excellente. Allons Emmy, du courage, que diable!»
Et il lui baisa la main.
Depuis bien des années, si l'on excepte le jour du mariage, il ne lui avait fait pareille tendresse.
«Vous êtes bien bon, Joseph, lui dit-elle; tout le monde est bien bon pour moi, je vous en ai beaucoup de gré, mais je désire ne pas quitter ma chambre de la journée.»
Le fumet de la soupe produisit toutefois un si agréable chatouillement sur les nerfs olfactifs de mistress O'Dowd, qu'elle s'offrit pour tenir compagnie à M. Jos. Tous deux allèrent se mettre à table.
«Grâces à Dieu, pour nous avoir donné cet excellent bouillon,» dit avec solennité la femme du major.
Elle pensait à son digne époux, chevauchant alors à la tête de ses braves.
«Ils feront un bien mauvais dîner aujourd'hui, ces pauvres enfants, ajouta-t-elle avec un soupir; puis elle avala le contenu de son assiette avec une résignation très-philosophique.
Le courage de Jos grandissait en proportion des morceaux qu'il mangeait: à la fin du dîner, pour boire, disait-il, à la santé du régiment, il se fit apporter un verre de champagne.
«Allons, mistress O'Dowd, fit-il avec un aimable salut à sa convive; vous, Isidore, remplissez le verre de la major; et buvons à la santé de ce bon O'Dowd et du brave ***e.»