—Mais il faut que ces enfants aient quelqu'un avec eux, reprit mistress Sedley.
—Joe n'y va-t-il pas? dit le père en riant; il est assez gros à lui tout seul pour nous remplacer tous deux.»
Cette parole fit éclater de rire jusqu'à maître Sambo, qui se trouvait au buffet, et le pauvre diable de Joseph eut une tentation de parricide.
«Desserrez son corset, continua l'impitoyable railleur, jetez-lui un peu d'eau sur le visage, miss Sharp, ou bien remontez-le dans sa chambre. Le malheureux se trouve mal: portez-le dans sa chambre; il ne pèse pas une plume.
—Le diable m'emporte si j'y tiens plus longtemps, monsieur! hurla Joseph.
—Sambo, faites avancer l'éléphant du seigneur Joe! cria le père; envoyez à Exeter-Change.»
Mais voyant Joseph prêt à éclater de dépit, le vieux plaisant cessa de rire, et tendant la main à son fils:
«On se permet tout à la Bourse, mon cher Joe. Et toi, Sambo, donne-moi un verre de champagne, ainsi qu'à notre ami Joe. Boney lui-même n'en a pas de pareil dans sa cave, mon garçon.»
Un verre de champagne rendit à Joseph sa bonne humeur. Avant que la bouteille fût vide, et en sa qualité de malade il n'en but que les deux tiers, il consentit à conduire les deux jeunes filles au Vauxhall.
«Il faut, dit le père, que ces jeunes filles aient chacune un cavalier. Joe perdra sûrement Emmy dans la foule, parce qu'il sera accaparé par miss Sharp. Envoyez au 26 demander à George Osborne s'il veut bien venir.»