«Regardez-le donc, Amélia ma chère, bon, le voilà qui va entrer par la fenêtre du salon. Je n'ai jamais vu pareil magot dans les boutiques de chinoiseries.»

Enfin les deux cavaliers s'élancèrent au galop dans la direction de Gand. Mistress O'Dowd les accompagna des railleries les plus méprisantes tant qu'elle put les apercevoir.

Nous connaissons tous par des ouï-dire ou par nos lectures le choc terrible qui, pendant ce temps, avait lieu à quelques heures de Bruxelles. Le souvenir de cette fameuse journée est resté gravé dans le cœur de tous les braves soldats qui, vainqueurs ou vaincus, prirent part à cette grande bataille. Faudra-t-il qu'une nouvelle lutte donnant la victoire à ceux qui pleurent encore leur défaite, fasse succéder nos enfants à un héritage maudit de haine et de vengeance? Faudra-t-il ne voir jamais terminer ces massacres dans lesquels deux nations généreuses arrosent les champs de bataille du plus pur de leur sang? Depuis tant de siècles de lutte et d'égorgement, Anglais et Français n'ont-ils pas payé assez chèrement leur tribut à ce qu'on appelle le code de l'honneur.

Tous nos amis se conduisirent en hommes de cœur dans cette grande journée. Tandis que les femmes agenouillées priaient loin du champ de bataille, les lignes inébranlables d'infanterie anglaises essuyaient et repoussaient les charges furieuses des régiments français. La fusillade, dont les roulements arrivaient jusqu'à Bruxelles, portait la mort au milieu des rangs ennemis; ceux qui tombaient étaient aussitôt remplacés par d'autres aussi résolus à faire leur devoir. Vers le soir, l'attaque des Français, si bravement conduite, si énergiquement repoussée, sembla se ralentir un peu. Ils semblaient délibérer pour savoir s'ils tourneraient leurs efforts d'un autre côté, où s'ils réuniraient leurs forces pour un suprême assaut. À un signal donné, les colonnes de la garde impériale gravissent les hauteurs du mont Saint-Jean pour débusquer les Anglais qui, tout le jour, s'étaient maintenus dans leur position. Cette imposante colonne, déployant ses mouvants anneaux dans la plaine, commença à escalader la colline sans paraître entamée par l'artillerie anglaise qui vomissait la mort du sein de nos bataillons. Déjà elle attaquait le sommet du mamelon occupé par les Anglais, quand soudain elle se ralentit et hésita dans sa marche. Elle s'arrêta alors faisant toujours face au feu, mais enfin les Anglais repoussèrent leurs agresseurs et conservèrent le poste d'où nul ennemi n'avait pu les déloger.

Aucun bruit n'arrivait plus à Bruxelles, la lutte s'était engagée à quelques milles plus loin. D'épaisses ténèbres couvraient de leurs voiles la ville et le champ de bataille. Amélia adressait au ciel de ferventes prières pour son bien-aimé, et George, couché sur la face, gisait sans vie broyé par un boulet.

FIN DU PREMIER VOLUME.

TABLE DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE PREMIER VOLUME.

[ I. Chiswick Mall ]

[II. Où miss Sharp et miss Sedley se disposent à entrer en campagne ]

[III. Rebecca en présence de l'ennemi ]