«Oh! les belles, les admirables fleurs!» s'écria miss Sharp; puis elle osait à peine les sentir, les pressait sur son sein, les contemplait dans l'extase de l'admiration. Peut-être regardait-elle le bouquet de si près pour s'assurer s'il n'y avait pas quelque billet doux caché entre les fleurs.

Mais il n'y avait point de lettre.

«Dites-donc, Sedley, parle-t-on le langage des fleurs à Boggley-Wollah? demanda Osborne en riant.

—Laissez-nous avec vos fadaises, répliqua le sentimental jeune homme. Je les ai achetées chez Nathan. Je suis bien aise que vous les trouviez de votre goût. J'ai acheté en même temps un ananas que j'ai donné à Sambo pour qu'il le prépare en salade; c'est très-rafraîchissant et très-agréable par ce temps chaud.»

Rebecca dit alors qu'elle n'avait jamais goûté d'ananas, et que depuis longtemps elle désirait savoir ce que c'était.

La conversation en était là, lorsque Osborne quitta la chambre, je ne sais sous quel prétexte, et Amélia sortit aussi, peut-être pour ordonner qu'on mît l'ananas en tranches; toujours est-il que Joseph resta seul avec Rebecca, qui avait repris sa bourse de soie verte, et dont les aiguilles se mouvaient avec rapidité sous ses doigts blancs et effilés.

«Quelle magnifique, quelle mâââgnifique romance vous nous avez chantée cette nuit, miss Sharp! lui dit le receveur; peu s'en est fallu que je n'éclatasse en sanglots; d'honneur! peu s'en est fallu.

—Parce que vous avez bon coeur, monsieur Joseph: il en est de même chez tous les Sedley.

—Elle m'a tenu éveillé toute la nuit, et j'essayais de la fredonner ce matin dans mon lit. Oui, d'honneur, j'essayais. Gollop, mon docteur, est venu à onze heures, car je suis un pauvre malade, vous savez; et Gollop vient me voir tous les jours. Eh bien! il m'a trouvé chantant comme un enragé.

—En vérité, vous me faites rire; je voudrais bien vous entendre chanter.