—Non, dit Rebecca, c'est-à-dire....
—Vos clefs!» reprit Rawdon.
Et ils sortirent ensemble.
Rebecca lui avait donné ses clefs, à l'exception d'une seule, espérant qu'il n'y ferait pas attention. C'était la clef du petit pupitre qu'Amélia lui avait donné autrefois et qu'elle tenait soigneusement caché. Rawdon ouvrit toutes ses boîtes, bouleversa toute sa garde-robe, jeta pêle-mêle sur le plancher tous les chiffons qui s'y trouvaient renfermés. Enfin il trouva le pupitre, et força sa femme à l'ouvrir. Ce pupitre renfermait ses papiers, à elle, des lettres d'amour déjà anciennes, toutes sortes de petits bijoux et d'objets à l'usage des femmes. Il contenait aussi un portefeuille rempli de bank-notes dont la date remontait déjà, pour quelques-uns, à une dizaine d'années; mais dans le nombre il s'en trouvait un tout récent, le billet de mille livres que lord Steyne lui avait donné.
«C'est lui qui vous l'a donné? demanda Rawdon.
—Oui, répondit Becky.
—Il l'aura aujourd'hui même, fit Rawdon; car déjà le jour commençait à poindre, plusieurs heures s'étant écoulées dans ces recherches minutieuses. Avec le reste je m'arrangerai pour payer Briggs, qui a montré tant de tendresse à l'enfant, et pour acquitter les autres dettes. Quant au surplus, vous me ferez savoir où il faudra vous l'adresser. Il me semble, Becky, que vous auriez bien pu prendre sur cette réserve cent livres sterling pour me tirer de prison, moi qui ai toujours partagé avec vous.
—Je suis innocente,» répétait Becky.
Mais, sans daigner ajouter un mot, Rawdon la laissa seule.
Les premiers feux du soleil pénétraient alors dans la chambre, où cette femme se trouvait comme frappée d'immobilité; ils éclairaient ces malles ouvertes, ces hardes dispersées dans tous les coins de la pièce; ces robes, ces plumes, ces écharpes, ces bijoux, monceau de vanités qui n'offrait plus qu'un triste spectacle de ruines et de débris! La chevelure de Becky tombait en désordre sur ses épaules, sa robe était arrachée à la place qu'occupait sa broche de diamants. Elle avait entendu Rawdon descendre les escaliers, elle l'avait entendu refermer la porte sur lui. Elle savait qu'il ne reviendrait plus, qu'il était parti pour toujours. Songeait-il à commettre un suicide? Non, pas du moins tant qu'il ne se serait pas battu avec lord Steyne. Alors les pensées de cette malheureuse se reportèrent sur sa vie passée, sur les vicissitudes qu'elle avait traversées. Que de misères et de luttes pour aboutir à l'abandon et au désespoir! Il ne lui restait plus que le poison pour en finir avec toutes ses espérances, ses intrigues, ses dettes, ses triomphes. Ce fut au milieu de ces réflexions que la trouva sa femme de chambre, créature que lord Steyne avait placée auprès d'elle.