Smith regarda avec un sourire de surprise la figure terrifiée du colonel, qui, prenant la feuille, se mit à parcourir le passage qu'on lui indiquait. M. Smith et M. Brown, le joueur de whist, avec lequel Rawdon était en compte, venaient justement du colonel quelques minutes avant son arrivée.
«Cela lui arrive fort à propos, avait dit Smith, car je crois que Crawley n'a plus un shilling vaillant.
—C'est une rosée bienfaisante dont tout le monde ressentira les effets, dit Brown, car je compte bien qu'il va s'acquitter envers moi.
—À quelle somme s'élève le traitement? demanda Smith.
—À deux ou trois mille livres, répondit son interlocuteur, mais on n'a pas à en jouir longtemps, c'est un climat qui dévore son monde. Liverseege y est mort au bout de dix-huit mois, et en six semaines celui qui l'avait précédé avait eu son affaire.
—Son frère est, dit-on, un habile homme; moi, je ne l'ai jamais trouvé qu'un homme insupportable.... vaniteux.... tout rempli de lui-même; selon la rumeur publique, ce serait lui qui aurait fait avoir la place au colonel.
—Lui! reprit M. Brown en ricanant, allons donc, c'est lord Steyne qui lui vaut cela.
—Que voulez-vous dire par là?
—Une femme vertueuse est le plus beau présent que le ciel puisse faire à un mari,» répondit l'autre interlocuteur par une phrase à double entente; puis il se remit à lire les journaux.
Mais revenons à Rawdon. Nous l'avons laissé lisant le Royaliste, et tout surpris d'y trouver les lignes suivantes: