«Ne me demandez point à la voir, continua Emmy; il m'est impossible de la voir.
—Je vous l'avais bien dit, fit Dobbin en se retournant vers Jos.
—Ah si vous saviez comme elle est malheureuse, reprit Jos avec une nouvelle insistance. Elle est plongée dans l'indigence la plus complète, sans amis pour la secourir, et elle a été malade à toute extrémité, et enfin son indigne mari a eu l'infamie de l'abandonner.»
Amélia poussa un soupir.
«Elle n'a plus un seul ami au monde, entendez-vous? continua Jos avec une habileté qui avait de quoi surprendre de sa part, elle m'a dit que sa dernière espérance reposait tout entière sur vous. Ah! elle est bien à plaindre, Emmy; sa douleur va presque à la folie, et son histoire m'a vivement touché; oui, je vous le jure sur l'honneur, jamais si cruelle persécution n'a trouvé victime aussi résignée. Sa famille a été bien dure et bien cruelle à son égard.
—Pauvre créature! fit Amélia.
—Faute de trouver un ami qui lui tende la main, elle dit qu'il ne lui reste plus qu'à mourir; et Jos, d'une voix émue et tremblante, continua sur le même ton: Par mon âme, vous savez sans doute qu'elle a déjà essayé de se donner la mort! Elle porte toujours du laudanum avec elle; elle en a une bouteille dans sa chambre.... Une pauvre petite chambre, bien misérable.... dans une maison plus misérable encore.... l'hôtel de l'Éléphant. Elle loge dans les combles; j'ai voulu y aller moi-même.»
Cette dernière particularité n'eut pas l'air de faire grande impression sur Emmy; elle fit même un léger sourire. Peut-être voyait-elle en esprit Jos tout essoufflé gravir les étages successifs.
«Elle est seule, seule en face de son chagrin, reprit-il: le récit des tortures qu'elle a endurées a vraiment de quoi fendre l'âme. Elle a un petit garçon du même âge que Georgy.
—Oui, en effet, reprit Emmy, je crois m'en souvenir; eh bien! après.