Pendant cet entretien la porte de la chambre de mistress Osborne s'était doucement entrebâillée, et Becky, tournant le bouton au moment même où Dobbin l'avait lâché, n'avait point perdu un mot de toute cette conversation.
«C'est un noble cœur, pensa-t-elle en elle-même, et c'est bien mal à cette femme de se jouer ainsi de lui.»
Elle admirait Dobbin sans lui conserver aucune rancune pour s'être déclaré aussi ouvertement contre elle. C'était là une partie jouée avec loyauté et à armes égales de part et d'autre.
«Ah! pensait-elle, si j'avais trouvé un homme comme celui-là, un homme qui aurait eu comme lui du cœur et de la tête, je n'aurais point regardé à ses grands pieds.»
Elle alla alors s'enfermer dans sa chambre, se recueillit pendant un instant, et écrivit un billet à Dobbin, où elle l'engageait à attendre quelques jours avant de partir, lui promettant de tout faire pour lui auprès d'Amélia.
Sa séparation consommée, le pauvre Dobbin se dirigea vers la porte et sortit. La petite aventurière de qui venait cette brouillerie était enfin maîtresse du champ de bataille, c'était à elle maintenant de savoir tirer de la victoire le meilleur parti possible.
Maître George rentrant comme d'habitude à l'heure du dîner, avait remarqué l'absence de son vieux Dobbin. Le silence le plus profond régna pendant tout ce repas; Jos n'avait rien perdu de son appétit, mais Emmy ne mangeait pas.
Après le dîner, Georgy s'étendit sur un canapé tout proche de la fenêtre, ayant vue sur la place du marché. Georgy regardait ce qui se passait dehors, tandis que sa mère s'occupait à ranger d'un autre côté, tout à coup il s'aperçut qu'il y avait grand mouvement dans l'hôtel occupé par le major.
«Hélas! dit-il, voilà le voiturin de Dobbin que l'on sort de la remise.» Ce voiturin avait été acheté par Dobbin, moyennant six livres sterling, et lui avait valu de la part de ses amis un feu roulant de plaisanteries.
Emmy tressaillit sans rien dire.