Pour terminer cette causerie (nous n’osons dire cette préface) comme nous avions l’intention de la commencer, voici une courte notice sur l’auteur de ce merle blanc des romans, — un roman qui n’a pas ennuyé le traître chargé de le faire connaître au lecteur Français.
William Makepeace Thackeray est né à Calcutta en 1811. Son père occupait une position élevée parmi les employés civils de la compagnie des Indes orientales. Après avoir terminé ses études à l’université de Cambridge, le futur romancier commença son droit ; mais la facilité avec laquelle il dessinait lui fit croire qu’il avait une vocation pour les beaux-arts et le décida à courir les musées de l’Europe. S’il n’est pas devenu un grand peintre, ainsi qu’il s’y attendait, il a conservé ou acquis un joli talent qui lui permet d’illustrer ses ouvrages de dessins qui ne jurent pas trop avec le texte. Son beau-père ayant fondé à Londres un journal intitulé The Constitutional, Thackeray débuta dans la carrière des lettres en devenant à vingt-trois ou vingt-quatre ans le correspondant parisien de cette feuille, qui ne réussit pas et absorba en grande partie la fortune de son fondateur. Le correspondant sans journal retourna à Londres. Il avait perdu de son côté une vingtaine de mille francs de rente dont il avait hérité à sa majorité. Il travailla avec courage pour les journaux et les magazines, pour le Times, pour Fraser’s, où il écrivit sous le pseudonyme de Michel-Ange Titmarsh ; pour Punch, où il signait Le gros collaborateur. Raconter ses mécomptes, ses épreuves littéraires, ce serait répéter l’histoire de la plupart de ses confrères. Çà et là quelque critique perspicace, comme John Sterling par exemple, prédisait qu’il y avait dans l’auteur du Diamant de famille l’étoffe d’un grand écrivain ; mais le futur rival de Dickens restait dans l’ombre, malgré le mérite de ses articles qui ne contribuèrent pas peu à la vogue des feuilles où ils ont paru pour la première fois. En 1846, la Foire aux Vanités, roman sans héros, fut présentée, dit-on, au directeur d’un magazine, qui eut l’adresse de refuser cet ouvrage destiné à un si grand succès. Le romancier se décida alors à imiter l’exemple de Charles Dickens et à publier son œuvre par livraisons mensuelles, avec des illustrations sur acier et sur bois par l’auteur. Longtemps avant la conclusion de l’ouvrage, le nom de Thackeray était devenu populaire et il n’a rien publié depuis qui soit de nature à diminuer une réputation si bien méritée. Comme nous n’avons pas le projet d’analyser son talent, nous nous contenterons de donner la liste chronologique de ses écrits :
The tin Trumpet, 2 vol. in-8, 1836.
Comic Tales and Sketches, 2 vol. in-8, 1840.
The Paris Sketch book, 2 vol. in-8, 1840.
The second funeral of Napoleon and the chronicle of the drum, petit in-4, 1840.
The Irish sketch book, 2 vol. in-8, 1843.
Notes of a Journey from Cornhill to Cairo, 1 vol. in-12, 1846.
Mrs Perkins’ Ball, petit in-4, 1846.
Vanity Fair, a novel without a hero, 1 vol. in-8, 1846-48.