— Monsieur Cinqpoints, dit la veuve, au moment où l’exaspération de mon maître était au comble, soyez assez bon pour m’envoyer une grappe de ces raisins, qui me paraissent excellents.
Pour toute réponse, Cinqpoints imprima une forte impulsion au plat qui, glissant le long de la table, renversant verres et carafes, s’arrêta juste en face du chevalier.
— De l’Orge, s’écria-t-il en même temps, ayez donc la complaisance de servir lady Griffin… Je suis flatté qu’elle ait toujours envie de mes raisins, car elle devrait commencer à les trouver un peu verts.
Il y eut une pause d’une minute ou deux. Comme Cinqpoints avait prononcé la fin de cette phrase en anglais, le but de milady n’était pas encore atteint.
— Ah ! vous osez m’insulter devant mes gens, dans ma propre maison ! C’est par trop fort, monsieur ! dit enfin lady Griffin, qui, après avoir prononcé ces paroles d’une voix éclatante, se leva brusquement et quitta la salle à manger.
Mathilde la suivit en criant :
— Lady Griffin !… Maman !… Au nom du ciel !
La porte se referma sur elles, et on n’entendit plus rien.
La charmante veuve avait très-bien fait de répondre en français. Autrement de l’Orge n’aurait peut-être pas compris l’insolence dont Cinqpoints venait de se rendre coupable ; mais les paroles de milady lui en apprirent assez. A peine eut-elle disparu, que le chevalier, s’avançant vers mon maître, lui appliqua sur chaque joue un vigoureux soufflet en disant :
— Monsieur Cinqpoints, vous êtes un menteur et un lâche !