— Oui, oui, ma chère enfant, je sais tout cela, interrompit le comte ; mais ne vous désespérez pas. Percy doit être en état de payer cette misère, et s’il vous aime véritablement, il n’hésitera pas à sortir de prison pour vous épouser.

Croyant qu’il faisait allusion à l’argent du jeune Dakins, que nous avions à peine entamé, je ne fis aucune observation ; néanmoins je m’étonnais que miss Griffin, avec sa fortune, n’eût que trois guinées à sa disposition. A cette époque, j’étais assez naïf pour me figurer que les gens riches avaient toujours une centaine de mille francs dans leur poche.

Je rapportai au prisonnier une lettre pleine de tendresse et de dévouement. Je lui racontai tout ce qui s’était passé. Il parut fort peu touché des intentions généreuses de lord Crabs. Je n’oubliai pas non plus de lui dire combien il me semblait étrange que Mathilde n’eût que trois guinées sur elle.

— Bast ! fit mon maître en m’interrompant au milieu de cette judicieuse remarque. Les paroles et la conduite de son père semblaient le préoccuper bien davantage. Après avoir fait en silence quelques tours dans le parloir, il s’arrêta brusquement et me demanda :

— John, avez-vous observé ?… Est-ce que Mathilde… je veux dire : est-ce que mon père vous a paru très-empressé auprès de Mlle Griffin ?

— Comment l’entendez-vous, monsieur ?

(J’aime assez à forcer les gens à mettre les points sur les i.)

— Lord Crabs avait-il l’air de faire la cour à miss Mathilde ? reprit Cinqpoints.

— Mais oui… Il la cajolait et faisait de son mieux pour la consoler.

— Répondez franchement : miss Griffin, de son côté, paraissait-elle flattée des attentions de milord ?