— Oui, milord ; j’étais témoin, et je viens de les voir partir pour Fontainebleau.
— Avant le mariage, vous avez remis à miss Griffin le papier dont je vous ai chargé ?
— Je le lui ai remis en présence de M. Brown, le valet de lord Bobtail, qui pourra certifier le fait.
J’ai oublié de vous prévenir que milord m’avait fait lire un document que je devais remettre à la future avant la cérémonie et à l’insu du futur. Ce document, griffonné par milady, était ainsi conçu :
« Usant du droit que me donne le testament de mon mari, je m’oppose formellement au mariage de miss Mathilde Griffin avec l’Honorable Hector-Percy Cinqpoints. Si, malgré ma défense expresse et souvent répétée, miss Griffin persiste à contracter cette union, elle devra subir les conséquences de son acte.
» Léonore Émilia Griffin.
» Place Vendôme, ce 8 … 18… »
J’avais remis ces quelques lignes à la future au moment où elle entrait dans la cour de l’ambassade, quelques minutes avant l’arrivée de mon maître. Elle les avait lues avec un air de souverain mépris, et s’était écriée :
— Que nous importent les menaces de lady Griffin !
Puis, déchirant le papier en deux, elle avait continué son chemin, appuyée sur le bras de l’obligeante Kicksey. Crainte d’accidents, j’avais ramassé les morceaux, que je remis à milord. C’était là une précaution inutile, car il avait gardé une copie de cette déclaration, qu’il avait fait lire, ainsi que l’original, à deux témoins, c’est-à-dire à moi et à l’avoué de lady Griffin.
— Bon ! répéta milord, qui prit dans son portefeuille le pendant du billet qu’il m’avait donné la veille. Voilà ce que je vous ai promis. Vous entrez aujourd’hui au service de lady Griffin en remplacement de Fitzclarence. Allez chez Frojé vous commander une livrée.
— Mais c’est au service de milord que je devais entrer et non à celui…