Et sur l’autre, en caractères moins imposants :

La comtesse de Crabs.

Le journal contenait le paragraphe suivant :

« Mariage dans le grand monde. Hier a été célébré, à l’ambassade d’Angleterre, le mariage du Très-Honorable John Plantagenet, comte de Crabs, et de lady Leonora Emilia Griffin, veuve du lieutenant général sir Georges Griffin. Après un somptueux repas donné par Son Excellence lord Bobtail à l’élite de la diplomatie et de la société parisienne, les heureux époux sont partis pour Saint-Cloud, où ils comptent passer quelques semaines. »

Ces divers documents, ainsi que mon humble billet, attirèrent immédiatement l’attention de monsieur et madame Cinqpoints. Comme je n’étais pas présent, je ne saurais répéter leurs paroles ; mais je puis m’imaginer leurs grimaces et le regard qu’ils échangèrent. Il ne paraît pas que le voyage qu’ils venaient de faire les eût beaucoup fatigués, car une demi-heure après leur arrivée, on mit d’autres chevaux à la voiture, qui se dirigea bride abattue vers notre villa de Saint-Cloud. Ils avaient bien besoin de venir nous relancer dans notre paisible retraite et interrompre les joies de notre lune de miel !

Lord Crabs, vêtu d’une robe de chambre cramoisie et plongé dans un moelleux fauteuil, fumait, selon sa coutume, auprès d’une croisée ouverte. Milady était occupée à l’autre bout du salon à broder une paire de pantoufles, un cordon de sonnette, ou quelque autre niaiserie de ce genre. A les voir, vous eussiez juré qu’il y avait au moins un siècle qu’ils étaient mariés.

J’interrompis ce charmant tête-à-tête en ouvrant brusquement la porte et en m’écriant d’un air effaré :

— Milord, votre fils et votre belle-fille descendent de voiture et demandent à vous voir.

— Eh bien, répondit lord Crabs avec le plus grand sang-froid, pourquoi ne les fait-on pas monter ?

— Monsieur Cinqpoints ici ! s’écria milady.