— Allons, allons ! j’espérais qu’elle t’avait pardonné ; mais tu vois ! reprit milord. Il faut convenir aussi que tu n’as pas bien agi avec elle… Je connais toute l’histoire.

— Est-il possible que vous sachiez tout ce qui s’est passé entre lady Grif…, entre lady Crabs et moi, avant notre querelle ?

— Parbleu !… Tu lui as fait la cour, elle était presque amoureuse de ta bonne mine ; tu l’as plantée là pour sa charmante belle-fille, et elle a chargé de l’Orge de la venger, croyant qu’il ne se bornerait pas à t’enlever une main… Pour ma part, je trouve la vengeance suffisante, car je ne vois pas comment tu vas faire pour vivre… Nous ne pouvons plus retourner le roi ad libitum, hein ?

— Milord, j’ai renoncé au jeu, répondit Cinqpoints, qui devenait de plus en plus inquiet.

— Vraiment ? J’en suis ravi. Il n’est jamais trop tard pour s’amender, mon garçon. Le diable se fait donc ermite ? Est-ce que par hasard tu songerais à entrer dans l’Église ?

— Milord, oserais-je vous prier d’être un peu plus sérieux ?

— Sérieux ! A quoi bon ? D’ailleurs, c’est très-sérieusement que je me demande comment, lorsque tu avais le choix, tu as été assez sot pour donner la préférence à cette malheureuse petite bossue que tu viens de nous ramener ?

— Et vous, milord, comment vous êtes-vous montré assez peu scrupuleux pour donner votre nom à une femme qui a fait la cour à votre fils ?

— Mon cher garçon, est-ce bien toi qui m’adresses une question aussi ridicule ? Je dois près d’un million ; en ce moment il y a une saisie au château de Sizes ; je ne possède pas un arpent dont le revenu n’appartienne à mes créanciers. Voilà plus de raisons qu’il n’en faut pour expliquer pourquoi j’ai épousé lady Griffin. Pensais-tu donc que l’amour fût pour quelque chose dans cette union ? Détrompe-toi. Lady Griffin m’a épousé à cause de ma couronne de comte ; moi je l’ai épousée pour son argent.

— Dans ce cas, milord, il est parfaitement inutile que je vous dise pourquoi j’ai épousé Mathilde.