Elle tomba à genoux, s’attacha à lui et voulut lui prendre la main.

— Combien avez-vous dit, ma chère enfant ? demanda le comte de Crabs.

— Cinquante mille francs de rente… Vous-même, milord, m’avez affirmé qu’il les avait.

— Cin… Cin… quan… te mille francs ! Ha ! ha ! ha ! Ho ! ho ! ho ! la bonne plaisanterie ! Comme ce pauvre garçon est tombé dans son propre piége !… Ma chère belle, par toutes les divinités de l’Olympe, Percy ne possède pas un sou de rente, pas un penny, pas un maravédis, pas une obole, pas un liard, pas un denier !

Et le charmant vieillard se mit à rire à gorge déployée.

Il y eut un moment de silence. Mme Cinqpoints n’imita pas son mari ; elle ne jura pas ; elle ne lui adressa pas un reproche ; elle se contenta de demander tout doucement :

— Oh ! Percy, cela est-il vrai ?

Puis elle alla s’asseoir et pleura en silence.

Milord se leva et ouvrit la caisse dont lady Crabs lui avait remis la clef :

— Si votre homme d’affaires désire examiner le testament de sir Georges Griffin, il est à votre service. Vous y trouverez la clause conditionnelle dont je vous ai parlé, et grâce à laquelle toute la fortune du défunt revient à lady Grif…, je veux dire à lady Crabs… Tu vois maintenant le danger des jugements précipités. On ne t’a laissé lire que la première page du testament. On voulait connaître au juste la valeur de tes protestations amoureuses. Étant moins sûr de la mère, tu as cru frapper un coup de maître en offrant ta main à la jolie Mathilde… Ne faites pas attention, mon ange ; désormais il vous aimera en toute sincérité… Mon pauvre Percy, tu as eu tort de ne pas parcourir le reste du testament. Cette faute a permis à ton vieux père de te mettre dedans. Dame, je t’ai prévenu le soir où tu m’as refusé les vingt-cinq mille francs, et un gentilhomme ne doit pas manquer à sa parole. Dès le lendemain, j’avais déjà dressé mes batteries. Puisse cette leçon te profiter, ô jeune écervelé ! Regarde bien avant de sauter ; audi alteram partem, ce qui, traduit très-librement, veut dire : « Ne te contente pas de lire le premier feuillet d’un testament. » Et surtout, monsieur mon fils, lorsque vous rencontrerez un vieux renard de mon espèce, ne vous avisez pas de vouloir lutter avec lui… Sur ce, passons dans la salle à manger, le goûter doit être prêt.