— Ah, mon cher trésor, disait-il, ne pensez-vous pas comme moi ? Il faudrait avoir le cœur bien mal placé pour ne pas subir la douce influence de cette belle soirée d’automne, de cette scène paisible qui, pour ainsi dire, dérobe au firmament une partie de son or céleste. A chaque bouffée de cet air si pur et si frais, ne semble-t-il pas qu’on se rapproche du séjour des anges ?

Lady Crabs ne répondit pas ; mais elle pressa le bras de son époux et leva les yeux vers le séjour des anges. Mortimer et moi nous subissions également la salutaire influence de ce calme paysage, car la promenade nous avait donné un appétit d’enfer. Enfin, à notre grand contentement, milord fit un signe, la voiture s’arrêta et nous nous dirigeâmes vers elle.

Presque en face de l’endroit où stationnait l’équipage se trouvait un banc ; sur ce banc était assise une petite femme, dont la toilette, trop légère pour la saison, commençait à se faner ; non loin d’elle, le dos appuyé contre un arbre, se tenait un homme qu’il me sembla reconnaître. Il portait un habit bleu d’une coupe élégante, mais blanchi à toutes les coutures et boutonné jusqu’au menton. Son chapeau bossué laissait échapper une forêt de cheveux emmêlés ; une barbe de quinze jours et d’énormes favoris incultes défiguraient son visage. Au moment où nous traversions l’allée, cet homme posa la main sur l’épaule de la femme, qui baissait la tête et paraissait pleurer. Milord et milady ne firent aucune attention à ce couple mal vêtu. Ils passèrent leur chemin, comme s’ils n’avaient pas reconnu les deux personnages que je viens de décrire ; mais à peine furent-ils assis, qu’ils poussèrent à l’unisson plusieurs éclats de rire consécutifs.

Cinqpoints se retourna. Je vois encore son visage : celui d’un vrai démon d’enfer. Il leva son bras mutilé, comme pour nous menacer, tandis que de l’autre main il frappait sa compagne.

Celle-ci poussa un cri et la voiture s’éloigna.

Pauvre femme !

FIN

TABLE

Dédicace

[1]

Préface

[3]

PREMIÈRE PARTIE. — LE MARI DE Mlle SHUM.

I.

Une Famille intéressante

[13]

II.

Quel est donc ce mystère ?

[16]

III.

La lune rousse

[33]

IV.

Le pot aux roses

[43]

DEUXIÈME PARTIE. — UN PARFAIT GENTILHOMME.

I.

Je coupe, atout et atout

[51]

II.

Impressions de voyage

[87]

III.

Laquelle des deux ?

[112]

IV.

Honore ton père

[125]

V.

Intrigues

[140]

VI.

L’âne choisit sa botte de foin

[159]

VII.

Une anguille sous roche

[170]

VIII.

Le duel

[181]

IX.

Métamorphose

[200]

X.

Grippart prend sa revanche

[211]

XI.

La noce

[250]

XII.

La Lune de miel

[255]