ANTOINE.—Il ne veut pas se battre avec moi, Domitius.

ÉNOBARBUS.—Non, seigneur.

ANTOINE.—Pourquoi ne se battrait-il pas?

ÉNOBARBUS.—C'est qu'il pense qu'étant vingt fois plus fortuné que vous, ce serait vingt hommes contre un seul.

ANTOINE.—Demain, guerrier, nous combattrons sur mer et sur terre. Ou je survivrai, ou je laverai mon affront en mourant dans tant de sang, que je ferai revivre ma gloire. Es-tu disposé à te bien battre?

ÉNOBARBUS.—Je frapperai en criant: tout ou rien.

ANTOINE.—Bien dit. Allons, appelez mes serviteurs, et n'épargnons rien pour notre repas de ce soir. (Ses serviteurs entrent.) Donne-moi ta main, tu m'as toujours fidèlement servi; et toi aussi... et toi... et toi; vous m'avez tous bien servi, et vous avez eu des rois pour compagnons.

CLÉOPÂTRE.—Que veut dire cela?

ÉNOBARBUS, à part.—C'est une de ces bizarreries que le chagrin fait naître dans l'esprit.

ANTOINE.—Et toi aussi, tu es honnête.—Je voudrais être multiplié en autant d'hommes que vous êtes, et que vous formassiez à vous tous un Antoine pour vous pouvoir servir comme vous m'avez servi.