Sentinelles à leur poste; entre ÉNOBARBUS.

PREMIER SOLDAT.—Si dans une heure nous ne sommes pas relevés, il nous faut retourner au corps de garde. La nuit est étoilée; et l'on dit que nous serons rangés en bataille vers la seconde heure du matin.

SECOND SOLDAT.—Cette dernière journée a été cruelle pour nous.

ÉNOBARBUS.—Ô nuit! sois-moi témoin...

SECOND SOLDAT.—Quel est cet homme?

PREMIER SOLDAT.—Ne bougeons pas, et prêtons l'oreille.

ÉNOBARBUS.—Ô lune paisible! lorsque l'histoire dénoncera à la haine de la postérité les noms des traîtres, sois-moi témoin que le malheureux Énobarbus s'est repenti à ta face.

PREMIER SOLDAT.—Énobarbus!

TROISIÈME SOLDAT.—Silence! écoutons encore.

ÉNOBARBUS.—Ô souveraine maîtresse de la véritable mélancolie, verse sur moi les humides poisons de la nuit; et que cette vie rebelle, qui résiste à mes voeux, ne pèse plus sur moi; brise mon coeur contre le dur rocher de mon crime: desséché par le chagrin, qu'il soit réduit en poudre, et termine toutes mes sombres pensées! Ô Antoine, mille fois pins généreux que ma désertion n'est infâme! ô toi, du moins, pardonne-moi, et qu'alors le monde m'inscrive dans le livre de mémoire sous le nom d'un fugitif, déserteur de son maître! Ô Antoine! Antoine!