CLÉOPÂTRE.—Il est marié?

LE MESSAGER.—Ne soyez point offensée de ce que je ne voulais pas vous déplaire. Me punir, pour obéir à vos ordres, ne me paraît pas juste. Il est marié à Octavie.

CLÉOPÂTRE.—Oh! pourquoi son crime fait-il de toi, à mes yeux, un scélérat que tu n'es pas! Quoi! es-tu bien sûr de ce que tu dis?... Va-t'en, la marchandise que tu as apportée de Rome est trop chère pour moi. Qu'elle repose sur ta tête, et qu'elle cause ta perte.

(Le messager sort.)

CHARMIANE.—Noble reine, de la patience.

CLÉOPÂTRE.—En louant Antoine, j'ai déprécié César.

CHARMIANE.—Bien, bien des fois, madame.

CLÉOPÂTRE.—J'en suis punie aujourd'hui. Qu'on m'emmène de ce lieu. Je succombe. Oh! Iras, Charmiane.—N'importe.—Cher Alexas, va trouver cet homme, dis-lui de te rendre compte des traits d'Octavie, de son âge, de ses inclinations; qu'il n'oublie pas de dire la couleur de ses cheveux. Reviens promptement m'en instruire. (Alexas sort.) Qu'il m'abandonne à jamais!—Mais non.—Charmiane, quoique sous une face il m'offre les traits de Gorgone, sous les autres il me parait un dieu Mars.—Recommande à Alexas de me rapporter de quelle taille elle est.—Aie pitié de moi, Charmiane; mais ne me parle pas, conduis-moi à ma chambre.

(Elles sortent.)

SCÈNE VI