ANTOINE.—Maintenant il faut que j'envoie d'humbles propositions à ce jeune homme. Il faut que je supplie, que je rampe dans tous les détours de l'humiliation; moi qui gouvernais, en me jouant, la moitié de l'univers, qui créais et anéantissais, à mon gré, les fortunes! Tu savais trop à quel point tu avais asservi mon âme, et que mon épée, affaiblie par ma passion, lui obéirait toujours.
CLÉOPÂTRE.—Oh! pardon.
ANTOINE.—Ah! ne pleure pas; une seule de tes larmes vaut tout ce que j'ai jamais pu gagner ou perdre: donne-moi un baiser, il me paye de tout.—Nous avons envoyé notre maître d'école[29].—Est-il de retour?—Ma bien-airnée, je me sens abattu. Un peu de vin là-dedans et quelques aliments.—La fortune sait que plus elle me menace, et plus je la brave.
Note 29:[ (retour) ] Euphronius.
SCÈNE X
Le camp de César en Égypte.
CÉSAR, AGRIPPA, DOLABELLA, THYRÉUS, suite.
CÉSAR.—Qu'on fasse entrer l'envoyé d'Antoine. Le connaissez-vous?
DOLABELLA.—César, c'est son maître d'école; preuve qu'il est bien déplumé, puisqu'il envoie ici une si petite plume de son aile, lui qui avait tant de rois pour messagers, il n'y a que quelques mois.
(Entre Euphronius.)