Le jardin de Léonato.
BÉNÉDICK ET MARGUERITE se rencontrent et s'abordent.

BÉNÉDICK.—Ah! je vous en prie, chère Marguerite, obligez-moi en me faisant parler à Béatrice.

MARGUERITE.—Voyons, voulez-vous me composer un sonnet à la louange de ma beauté?

BÉNÉDICK.—Oui, et en style si pompeux, que nul homme vivant n'en approchera jamais; car, dans l'honnête vérité, vous le méritez bien.

MARGUERITE.—Aucun homme n'approchera de moi? Quoi donc! resterai-je toujours en bas de l'escalier?

BÉNÉDICK.—Votre esprit est aussi vif qu'un lévrier: il atteint d'un saut sa proie.

MARGUERITE.—Et le vôtre émoussé comme un fleuret d'escrime, qui touche mais ne blesse pas.

BÉNÉDICK.—C'est l'esprit d'un homme de coeur, Marguerite, qui ne voudrait pas blesser une femme.—Je vous prie, appelez Béatrice, je vous rends les armes, et jette mon bouclier à vos pieds[54].

Note 54:[ (retour) ] On connaît l'expression latine clypeum abjicere, pour rendre les armes.

MARGUERITE.—C'est votre épée qu'il faut nous rendre: nous avons les bouchers à nous.